/misc
Navigation

De béton et de kevlar

Pierre Karl Péladeau
Photo Ben Pelosse

Coup d'oeil sur cet article

Toute personne équilibrée, qu’elle soit souverainiste ou pas a eu cette semaine une leçon de politique. Ceux qui ne le savaient pas – ou entretenaient le mythe du politicien qui se tourne les pouces — ont appris, après que Pierre-Karl Péladeau ait quitté la politique de façon fracassante, que la politique n’était ni un jeu d’enfant, ni un emploi permettant un mode de vie sain. Bref, l’emploi parfait pour une personne célibataire, sans enfant, et carburant à l’agenda débordant.

 

Il y a une seule chose dont je suis certaine à propos de la politique, c’est qu’elle vous prend tout et vous donne très peu. Semblerait-il que ce soit encore pire que les indépendantistes. 

 

La saga « Péladeau » de cette année nous l’aura prouvé : il faut être fait de béton et de kevlar pour affronter les médias, le peuple, les ragots, les attaques fallacieuses et réussir à conserver ce qu’on a de plus cher : l'équilibre et ceux qu’on aime. 

 

Pierre-Karl Péladeau semble donc beaucoup plus humain que ce que plusieurs pensaient vraisemblablement de lui. À peine avait-il séché ses larmes que les vautours lorgnaient déjà sa place, encore chaude. Les téléphones s’activaient déjà. Si la nature a horreur du vide, c’est encore pire en politique. Avant même sa conférence de presse, les militants qui savaient se rencontraient, spéculaient, cherchaient à positionner leur pion afin de gagner le trône du chef du Parti Québécois.

 

Plusieurs soupiraient d’avance de contentement en songeant au retour d’Aussant  — qui, ne l’oublions pas, a aussi de jeunes enfants, beaucoup plus jeunes que ceux de Péladeau. — D’autres, plus discrets, choisissaient la force tranquille de Véronique Hivon, et d’autres, beaucoup plus bruyants sur les réseaux sociaux, par exemple, appelaient au couronnement d’Alexandre Cloutier.

 

J'ai beau me creuser la tête, je ne vois pas ce que plusieurs voient en Alexandre Cloutier. Évidemment, c’est un jeune fringant et brillant, mais c’est aussi un souverainiste un peu trop mou, mettant l’identité au placard, fuyant la Charte comme si c’était un signe avant-coureur de la peste, appuyant la hausse des seuils d'immigration, un dossier ayant surtout la ferveur des libéraux.

 

Même si je suis indépendantiste, je préfère honnêtement François Legault et le programme de la CAQ à un PQ transformé en QS géant sous Cloutier, qui me rappelle un certain André Boisclair...

 

Ayant eu les résultats qu’on lui connait, reléguant le Parti Québécois à la deuxième opposition, derrière l’ADQ de Mario Dumont, qui avait repris le fleuron identitaire au vol, le PQ l’ayant abandonné comme un vulgaire vêtement passé mode... selon eux, parce que la population, elle, en décide souvent autrement.

 

Même discours chez Michel David, du Devoir, dans son texte de ce matin, écrivant ce matin au sujet de la Charte que : « C’est un épisode qu’on préfère oublier au PQ. » Pourtant, plus de la moitié des Québécois francophones appuyaient cette Charte, est-ce que le PQ devrait désavouer ceux qui y croyaient ? Qui ont voté aux dernières élections pour le PQ ou encore pour la CAQ qui appuyaient tous les deux l’encadrement des accommodements raisonnables et balisaient le vivre ensemble ?

 

Pourtant, le Parti libéral a évidemment balayé ces dossiers sous le tapis. Si le PQ sous son prochain chef décidait d’ignorer le dossier et laissait la CAQ s’en emparer, il ferait une grave erreur. En fait, abandonner les questions identitaires est peut-être même la meilleure méthode qui soit pour être relégués aux banquettes arrières de l’Assemblée nationale une fois de plus, mais ça ne semble pas déranger qui que ce soit...