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La course des X

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© Photo Stevens Leblanc

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Dans chaque crise, il y a une occasion à saisir, dit-on.

Le PQ est en déclin depuis 20 ans et la démission surprise de son chef en début de semaine a été reçue comme une mauvaise nouvelle même par les péquistes qui ne comptaient pas parmi ses fans. Une autre course? Après un an? Vraiment? 

La course au leadership qui s’ébranle présentement pourrait pourtant concrétiser le changement générationnel souhaité pour ce parti qui a dans son ADN l’anxiété de mourir avec les baby-boomers. Jacques Parizeau lui-même avait évoqué son exaspération à voir les trentenaires et les quadragénaires tarder à s’implanter dans la vie publique.

La courte liste

Les choses ont bougé vite, cette semaine. Le champ des candidats s’est considérablement rétréci. N’apparaissent encore dans la courte liste qu’Alexandre Cloutier, Véronique Hivon, Nicolas Marceau et Martine Ouellet. Bernard Drainville semble enclin à passer son tour et c’est silence radio du côté de Lisée. S’il a toujours des intentions, il se fait tard.

Ça crée une drôle de configuration où les principaux candidats se trouvent d’une extrémité à l’autre de la génération X. Député depuis 2009, le plus âgé, Nicolas Marceau, est né en 1964. Le plus jeune, Alexandre Cloutier, a 38 ans et est paradoxalement le politicien le plus expérimenté du groupe, puisqu’il a été élu en 2007. Véronique Hivon est là depuis 2008 et Martine Ouellet depuis 2009. Ils ont tous des enfants d’âge scolaire.

On pourrait valablement arguer que Pierre Karl Péladeau, né en 1961, aurait pu être placé dans cette catégorie. Les sociologues ne s’entendent pas où mettre exactement la fin du baby-boom. M. Péladeau était toutefois présent dans la vie publique depuis assez longtemps et mobilisait considérablement chez les électeurs les plus âgés du PQ.

Transition plus que rupture

Maintenant, le contexte évolue. Une nouvelle génération se saisit fermement des commandes, ce qui s’incarne également à travers le chef intérimaire Sylvain Gaudreault et des députés comme Pascal Bérubé et Martin Ouellet. Appréciés de leurs collègues, Dave Turcotte et Mathieu Traversy viennent offrir une voix aux Y.

Il y a toutefois une mise en garde d’importance à apporter. Parler de transition générationnelle et non pas de rupture est le mot d’ordre. Le bienveillant parrainage de François Gendron à l’égard d’Alexandre Cloutier et Véronique Hivon lors de la dernière course doit servir d’exemple. Une navigatrice qui a roulé sur des mers houleuses comme Agnès Maltais a une valeur inestimable dans cette équipe.

Dans tous les cas, un rajeunissement de la marque du PQ ne représente pas une bonne nouvelle pour les libéraux ni pour la CAQ.

Un discours pragmatique

Pour donner quelques résultats allant au-delà de l’image, il sera nécessaire que ces nouveaux visages introduisent un discours rafraîchissant, qui fait écho aux préoccupations des électeurs que l’on cherche à attirer. Porter les inquiétudes des parents qui s’en font pour l’école publique et les CPE. Proposer des solutions concrètes aux problèmes de congestion qui nuisent à la qualité de vie et plombent l’économie des villes. Incarner une approche environnementale pragmatique, mais très volontaire. Tenir un propos identitaire assumé, empreint de fierté et de générosité.

Et puis il y a la souveraineté. Quoi en faire, pour qu’elle soit facteur de mobilisation plutôt que repoussoir, auprès de clientèles qui répondaient pourtant «Présent!» en 1995? C’est une question porteuse de bien des maux de tête pour tous les chefs du PQ. J’évoquais une avenue, mercredi, mais je doute qu’un des candidats s’en saisisse.

Casser le moule

Il y aura une question de ton, aussi, apportée par ce changement.

On a beaucoup entendu cette semaine que l’opposition n’est pas le terrain de jeu de prédilection d’un Alexandre Cloutier, parfois éclipsé par Jean-François Roberge, son vis-à-vis caquiste moins expérimenté. On a également commenté abondamment l’approche soyeuse et consensuelle de Véronique Hivon. Ont-ils ce qu’il faut dans le ventre pour tenir tête à Philippe Couillard?

Martine Ouellet sait être plus guerrière. Nicolas Marceau, quant à lui, évoque plus un Robert Bourassa au pouvoir qu’un chef de l’opposition incisif. C’est souvent ce qu’il faut être d’abord.

Bref, voici des politiciens atypiques, pour devenir chef. Ils ne correspondent pas à l’archétype viril et autoritaire d’un leader en fonction.

Peut-être est-il le temps de casser le moule, justement? A-t-on l’impression que les citoyens sont satisfaits de l’offre politique, en ce moment? Ne cherche-t-on pas des moyens d’enrayer le cynisme?

Difficile pour un Jean-Marc Fournier de définir et de brutaliser un chef au ton optimiste...

On a dit, j’ai dit, que certains candidats devraient épaissir leur cuir pour devenir chef. Et si c’était le contraire et qu’ils devaient plutôt s’assumer tels qu’ils sont?

Ce changement de génération, pour être réel, devra venir avec une évolution dans le discours et dans le ton.

L’un dans l’autre, ce parti et la personne qui le dirigera auront encore des occasions de nous surprendre.

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