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Course au PQ : Tenir la bride

Horse Racing: 142nd Kentucky Derby
USA Today Sports

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Avait lieu en fin de semaine la 142e édition du Derby du Kentucky, la célèbre compétition hippique du Bluegrass State.

Pendant ce temps, au Québec, se met en branle une autre classique de la scène sportive nationale, soit une campagne à la direction du Parti Québécois.

Dans leur stalle, on sent les champions des différentes écuries qui piaffent d’impatience. Ça donne parfois de faux mouvements.

De fait, c’est ce qui est le plus important pour les candidats ayant l’intention d’être jockeys dans cette course aux nombreux tours de piste : tenir fermement la bride de la monture qu’ils ont entraînée.

Militants fébriles

Dans les derniers jours, à peu près toutes les conversations survenues entre péquistes des villes et péquistes des champs commençaient de la manière suivante : « J’ai parlé à quelqu’un proche de (insérer ici le nom d’un candidat présomptif)... »

Les militants sont fébriles. Ils ne s’attendaient pas à se retrouver en course au leadership et voient que le champ se place rapidement. Ils veulent peser sur le choix du chef, privilège le plus précieux aux yeux des membres du PQ.

Du côté des candidats, c’est la même chose. Le téléphone sonne, les courriels et les textos entrent, on ressent l’appel. Ça peut être un sentiment très grisant. N’oublions pas que les députés sont avant tout des militants et que l’ambition ultime de tout activiste est de compter, pour la cause qu’il défend.

Ça donne lieu à un drôle de début de course où les principaux aspirants tiennent tous une ligne semblable : « J’y va, mais je le dis pas! » Alexandre Cloutier dit que sa décision est prise, il fera une annonce mercredi; Véronique Hivon, résolue comme on l’a rarement vue, diffuse des photos où des Joliettains demandent si nous sommes prêts; Martine Ouellet fait une sortie aujourd’hui, mais pas sur sa candidature, en précisant bien que sa réflexion est « enlignée ».

De son côté, Nicolas Marceau ferait bien de se décider rapidement, s’il veut en être. Au rythme où ça va, il ne restera plus beaucoup d’appuis à prendre quand le coup de pistolet sera tiré.

La course « shakespearienne »

C’est ça l’enjeu, à ce stade-ci. « Attacher » le plus d’appuis possible au caucus.

Voilà un autre moment où on peut faire un faux mouvement. Une approche trop agressive envers un collègue; l’usage d’intermédiaire qui en froissera un autre : tout ça peut laisser des traces.

C’est le plus dangereux, dans une course à la direction. Quand on a le regard rivé sur le fil d’arrivée, on oublie parfois de regarder au-delà.

Les candidats ont tout intérêt à tenir la bride de leur monture très fermement. Un cheval s’emballe et des conséquences tragiques surviennent.

C’est d’autant plus vrai dans une campagne qui prend une teinte « shakespearienne », pour citer Alexandre Cloutier, qui a eu le meilleur mot, vendredi dernier.

Il ne faut pas prêter des motifs au député de Lac-Saint-Jean. La franchise a ses droits, en politique aussi. Pas besoin de brûler ses exemplaires de Sun Tsu et Machiavel pour simplement reconnaître que le face-à-face avec son amie Véronique Hivon a des allures un peu déchirantes, pour chacun d’entre eux comme pour les travailleurs de l’équipe qu’ils formaient ensemble lors de la précédente course.

Comment choisir?

On l’a souvent dit, les deux candidats qui apparaissent comme favoris ont beaucoup en commun. En plus d’êtres proches, ce sont deux avocats, ayant étudié en Angleterre, appartenant à la même génération politique et partageant plusieurs sensibilités.

À partir de ce moment, comment les départager?

Le risque, c’est que la discussion tourne rapidement vers un affrontement de personnalité. Qui est le meilleur porteur pour le parti et son projet? C’est la question que se posent déjà ceux qui, en 2015, ont fait campagne pour le « CH » (Cloutier-Hivon).

Dans un tel contexte, les deux candidats auront la responsabilité de garder un ton respectueux et convivial dans les débats, conséquent de l’affection qu’ils se portent. À la fin, ils risquent d’être jugés sur leur manière de faire.

Aussi, devant la frustration d’une course où les lignes de partage ne seront pas claires et où, de surcroit, des gens ayant fait route ensemble s’affronteront, il pourra être tentant pour les membres de chacune des organisations d’adopter une approche plus agressive. Tantôt pour obtenir des appuis. Tantôt pour influencer le contenu des articles de journaux. Et en plein d’autres occasions.

C’est ici que chacune des candidates et chacun des candidats a une responsabilité particulière, celle de contrôler son attelage d’une main particulièrement ferme, pour éviter qu’il ne dérape.

Pour que cette campagne se déroule bien et qu’elle ouvre sur de meilleurs lendemains, chaque candidat doit être imputable des gestes posés par son organisation.

C’est un test de leadership. On ne peut rester en selle sur une bête fougueuse comme le PQ si on ne peut tenir la bride d’une équipe de course à la direction.

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