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Manifestation tendue contre le droit de décret

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Des milliers de syndiqués ont bruyamment souligné leur vive opposition au droit de décréter les conditions de travail des employés municipaux, à Québec, jeudi avant-midi, lors d’une manifestation qui a été très tendue par moments avec l’escouade antiémeute.

Pendant plus d’une heure, les policiers antiémeutes ont fait le piquet devant les syndiqués qui bloquaient l’entrée du Centre des congrès de Québec, où l’Union des municipalités du Québec tenait ses assises annuelles en présence du premier ministre Philippe Couillard.


Marc Ranger, le directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui organisait la manifestation, se félicite que cette dernière se soit malgré tout déroulée dans le calme. «Y’a eu un peu de tension ce matin, mais on l’a l’immédiatement calmée. Nous, contrairement à certains, on n’est pas des pyromanes, on ne cherche pas à allumer des feux, on cherche simplement à protéger des droits fondamentaux», a-t-il souligné en entrevue, en décochant un flèche à certains maires.

Les maires ne s’en sont pas privés non plus. Le maire de Québec, Régis Labeaume, a dénigré la manifestation en soulignant que les syndiqués étaient beaucoup moins nombreux que les 15 000 annoncés. M. Ranger, qui qualifie M. Labeaume «d’amuseur public», a répliqué en disant qu’il était très satisfait de la mobilisation. «Nos gens travaillent. On fait appel aux gens qui sont en congé pour venir ici, alors c’est sûr qu’on ne pouvait pas avoir une foule immense.»

PHOTO: Pierre-Olivier Fortin


Plusieurs membres de la FTQ étaient aussi présents, de même que leur président Daniel Boyer, qui a aussi nargué certains maires. «Y’aura rien pour défaire ce qu’on a mis en place depuis 50 ans, surtout pas les powertrips de certains maires et mairesses!»

Le principal motif de cette manifestation est le droit, pour les municipalités, de décréter les conditions de travail de leurs employés lorsque les négociations échouent. Dans le cadre du nouveau pacte fiscal, Québec a annoncé son intention de rééquilibrer les rapports de force entre les municipalités et les syndicats, mais le ministre Martin Coiteux entretient le flou à savoir s’il irait de l’avant avec cette revendication à laquelle plusieurs villes, comme Québec, tiennent mordicus.

Les syndiqués craignent une détérioration de leurs conditions de travail si les villes obtiennent ce droit de les décréter. «Ç’a pas d’allure, c’est une attaque à la démocratie, à la négociation et à nos conditions de travail. C’est donner trop de pouvoirs aux élus», explique un manifestant venu de Montréal, Rémi Arsenault.

Les syndicats ne le prennent tout simplement pas. «On s’est fait fourrer avec la loi 15 [sur les régimes de retraite], mais là, c’est pas vrai! On va le gagner ce combat-là!» a scandé M. Ranger. «Le gouvernement devrait arrêter d’écouter deux, trois maires surexcités»

PHOTO: Pierre-Olivier Fortin


À ceux qui se rendent aux arguments de ces maires selon lesquels les conditions de travail des employés municipaux coûtent trop cher aux contribuables, M. Ranger avait cette réponse : «Nos salaires sont raisonnables. Ce n’est pas nous qui coûtons cher. Y’a parfois des contrats, des coûts qui explosent. Dans les budgets des villes, y’a bien des colonnes grises, et ce ne sont pas les salaires des employés municipaux. Nous, nos gens ne coûtent pas cher, et nos chiffres ne sont pas cachés.»

Les dirigeants syndicaux ont tôt fait de dénigrer le nouveau président de l’UMQ, le maire de Sherbrooke Bernard Sévigny, qu’ils ont accusé d’avoir reçu des contributions illégales à son parti, des contributions, faut-il le rappeler, qu’il a remboursées.

Les délégués du SCFP tiennent une rencontre à Sherbrooke jeudi prochain et ne rateront pas l’occasion d’aller «le saluer», promettent-ils.