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François Blais, les jeunes et l’effet libéral.

François Blais, les jeunes et l’effet libéral.
Photo Journal de Québec, Simon Clark

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Il y a au Québec 25 % des enfants qui se présentent en maternelle avec au moins une vulnérabilité face à ce que l’école exige d’eux. Près de 7 % de nos tout-petits commencent leur première journée d’école non pas avec un mais avec au moins trois types de vulnérabilité parmi les cinq suivantes: santé physique, compétences sociales, maturité affective, développement du langage, habiletés de communication. Et au premier rang de ces plus vulnérables: les garçons, les enfants de milieux défavorisés et de familles immigrantes. C’est dans ce premier petit bout de vie, entre 0 et 5 ans, qu’il faut investir avant de penser à punir, comme se prépare à le faire François Blais dans son projet de loi 70, les jeunes qui se retrouveront plus tard à l’aide de dernier recours faute d’avoir pu monter dans le train dès les premières années de leur vie.

L’idée avancée aujourd’hui par Pauline Marois dans Le Journal de Québec d’offrir l’accès gratuit aux CPE aux 4 ans va dans ce sens-là. Elle arrive cependant trop tardivement dans la vie de ces enfants. Toutes les données scientifiques, toutes, nous indiquent que le retard de développement en langage, en numératie (capacité à apprendre à manipuler les chiffres) et en contrôle des émotions commence bien avant 4 ans. C’est sur la base de ces données que je plaide depuis des années pour la gratuité d’accès aux CPE dès la naissance et jusqu’à 5 ans.

Le projet de loi piloté par François Blais va exactement dans le sens contraire. Il punit celles et ceux qui parmi nos jeunes font déjà, depuis longtemps pour nombre d’entre eux, les frais de l’échec de nos institutions ou des milieux de vie dans lesquels ils sont nés. Ce projet prévoit que des jeunes qui s’inscrivent à l’aide sociale pour la première fois se verront offrir un parcours d’insertion à l’emploi associé à une prime. En cas de refus du jeune, cette prime sera réduite; des refus répétés mèneront même à une diminution de la prestation de base. Cette seule idée de réduire un montant d’aide qui est déjà largement famélique est indécente et immorale.

Qui plus est, l’approche punitive de François Blais fait porter sur le dos des jeunes l’échec de ce gouvernement à leur offrir autre chose. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Chez les jeunes, en une seule année (février 2014 à février 2015), le taux d’inscription à l’aide sociale a bondi de 12,2 % alors que le taux général augmentait de 0,5 %. Les belles années de développement économique promises par ce gouvernement se sont transformées en années d’exclusion pour des milliers de jeunes. Le ministre veut maintenant les punir pour cause d’incompétence économique de son gouvernement.

Pourtant, il y aurait tant à faire ailleurs et autrement. Seulement en ce qui concerne la formation professionnelle, le Québec fait figure de cancre. Le taux de diplômes en formation professionnelle chez nos moins de 20 ans est parmi les plus bas des pays de l’OCDE. Il stagne autour des 6 % à 7 % depuis des années. Un effort créatif dans ce domaine éviterait que de nombreux jeunes aboutissent à l’aide sociale et permettrait qu’ils deviennent des citoyens à part entière. Une deuxième voie: augmenter les ressources dans ce merveilleux réseau des CFER (Centres de formation en entreprises et récupération). Ce réseau, tenu à bout de bras par les commissions scolaires, permet à des centaines de jeunes aux prises avec des problèmes scolaires depuis leur tout jeune âge de se trouver un emploi dans le domaine de la récupération et de se forger une vie de citoyens appréciés. Et, en premier lieu, développer les CPE que le gouvernement actuel s’acharne à affaiblir, le seul parmi les réseaux de services de garde éducatifs à faire une différence: ce réseau diminue de près de trois fois le risque de vulnérabilité chez les tout-petits de milieu défavorisé.  

Le ministre Blais se retrouve devant une augmentation navrante d’inscription des jeunes à l’aide sociale depuis l’arrivée de son gouvernement au pouvoir. Au lieu de convaincre ses collègues de l’urgence d’investir massivement en formation professionnelle, dans les CFER, dans les CPE et dans les programmes de formation de son ministère, notre brave ministre de la Solidarité sociale préfère taper sur ces jeunes. On peut se demander ce qu’il y a d’honorable à quitter une vie universitaire pour abuser d’un pouvoir aussi ignorant de la connaissance.