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Dolan ému aux larmes

Le public cannois accorde une ovation de sept minutes au film Juste la fin du monde

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CANNES - Après le pot, Xavier Dolan a reçu les fleurs. Les yeux dans l'eau, le cinéaste québécois a été ovationné pendant sept minutes après la projection officielle de son film Juste la fin du monde, jeudi soir à Cannes.

Les critiques négatives de la veille semblaient déjà loin pendant que Dolan, flanqué des acteurs Marion Cotillard, Léa Seydoux, Gaspard Ulliel, Vincent Cassel et Nathalie Baye, recevait tout l'amour que lui envoyait le public du Grand Théâtre Lumière.

Gisele Tellier/Future Image/WENN.com
AFP

Les larmes coulaient encore sur ses joues lorsque, quelques minutes après ce moment intense d'émotion, Xavier Dolan a livré ses premières impressions au Journal, dans le lobby de son hôtel de Cannes.

REUTERS

«Le film est dédié à la mémoire de François Barbeau (réputé costumier décédé en janvier de qui Dolan était proche) et j'aurais tellement aimé qu'il le voie. Pendant l'ovation, c'est à ça que je pensais et au fait que... c'est troublant Cannes. On dit souvent que j'ai une vieille âme mais je suis aussi un jeune homme. C'est dur ce que j'ai ressenti hier, quand il y a eu un raz-de-marée vitriolique. Puis, il y a ce que j'ai ressenti ce soir. Ç’a été une aventure très intense en très peu d'heures de sommeil.»

« Le droit de faire des films »

Ce n'est pas la première fois que Xavier Dolan reçoit une ovation à Cannes. Mais celle-ci, après les événements de jeudi, semblait avoir une signification particulière.

«Je me suis retourné et j'ai vu les gens qui pleuraient, j'ai vu des gens émus. Je me suis dit: je ne suis pas fou et j'ai le droit de faire ce métier comme tout le monde, j'ai le droit de faire des films, j'ai la prétention de penser que c'est ma place et c'est ma passion. Ça m'a fait du bien de voir que les gens ont compris ce que j'ai voulu leur dire.»

« Sacré ouistiti »

Au cours de cette journée en montagnes russes d'émotions, le cinéaste a pu compter sur le soutien des acteurs qui ont tous parlé en termes très élogieux de son travail sur le plateau.

«Avec Xavier, ce fut une grande rencontre humaine et de travail. Au départ, je ne savais pas quoi faire de mon personnage mais c'était excitant de savoir que j'allais partir à sa recherche avec lui. Xavier est très proche des acteurs sur le plateau. Ils nous donnent tout, ce qui nous donne envie de tout lui donner», l'a vanté Marion Cotillard.

Vendue à Dolan, avec qui elle a aussi tourné Laurence Anyways, Nathalie Baye a fait rigoler les journalistes québécois en le qualifiant de «sacré ouistiti».

«Il fait partie des trois ou quatre très grands avec qui j'ai tourné.»

La Palme d’or à sa portée?

Xavier Dolan doit oublier la Palme d'or parce que son film n'a pas fait l'unanimité? Pas si vite. L'histoire nous enseigne qu'à Cannes, rien n'est jamais joué.

Au fil des ans, plusieurs longs métrages ont été couronnés à Cannes même s'ils n'ont pas fait l'unanimité auprès des festivaliers.

Un des exemples les plus probants est celui de La Dolce Vita, ce grand classique du cinéma italien des années 1960. À sa présentation à la presse, le film avait été hué et le Vatican l'avait même publiquement condamné. Envers et contre tous, Federico Fellini avait remporté la Palme d'or.

Aujourd'hui, aucune liste des meilleurs films de l'histoire du cinéma n'est complète si La Dolce Vita en est absent. Plus près de nous, en 1994, c'était au tour de Quentin Tarantino de goûter à la médecine cannoise alors que son Pulp Fiction, devenu un film culte, avait subi les foudres de la presse. Tant et si bien que lorsqu'il a pris possession de la Palme d'or, le cinéaste américain avait gratifié d'un doigt d'honneur une festivalière qui manifestait son mécontentement.

Pas de grand favori

L'autre facteur qui joue pour le moment en faveur de Xavier Dolan, c'est l'absence d'un favori clair et net dans la course à la Palme d'or. Avec deux jours de projections encore à venir, il n'y a que le film allemand Toni Erdmann qui se détache du lot, et pas par une grosse marge. Ça laisse place à l'inattendu.

Il reste quand même de grosses pointures à surveiller. Sur la Croisette, on dit beaucoup de bien du thriller érotique Elle, de Paul Verhoeven, avec Isabelle Huppert en haut de l'affiche, qui sera présenté samedi. Le Néerlandais Verhoeven n'est pas le dernier bienvenu. On lui doit entre autres Basic Instinct, Total Recall et Robocop.