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Statuer

Jean Francois Lisee
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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Enfin, c’est fait: Jean-François Lisée brise la glace. Il est l’un des premiers élus du Parti québécois à se prononcer sur la baisse des seuils d’immigration, et ce, sans s’excuser dix minutes plus tard en demandant à joindre le club des «mal cités» et des politiquement corrects. 

En tant que fille travaillant sur le terrain de l’immigration depuis des années, je sais que Jean-François Lisée dit la vérité lorsqu’il insiste sur certains points que plusieurs n’oseraient jamais aborder: les seuils d’immigration sont politiques avant d’être économiques, démographiques ou linguistiques. Avant de hausser les seuils d’immigration, il aurait fallu que le Québec s’assure de bien intégrer ses primo arrivants, ce qu’il fait en procrastinant depuis des années. 

Les bonnes gens crieront peut-être encore une énième fois au racisme, mais Jean-François Lisée a raison de remettre en question nos seuils d’immigration, et ce, parce qu’il est d’abord un humaniste. Je m’explique: ouvrir la porte du Québec à des nouveaux arrivants très souvent professionnels, jeunes et instruits et les abandonner à leur sort, ne s’intéressant à leur avenir que parce qu’ils seront une statistique, n’a rien d’une attitude d’ouverture à l’autre; c’est plutôt de leur fermer les portes de leur avenir. Je ne sais plus combien j’ai connu d’immigrants qui ont quitté Montréal pour Toronto ou d’autres villes canadiennes parce qu’on leur facilitait la vie et qu’ils pouvaient plus facilement trouver du travail alors que le Québec les avait choisis... mais ne s’était guère préoccupé de leur qualité de vie parmi nous ou de leurs réussites sociales. 

En fait, nos politiciens ignorent depuis des mois, voire des années les chiffres démontrant par exemple que les cours de francisation sont en baisse, impopulaires puisque les nouveaux arrivants n’ont pas tous les moyens d’apprendre notre langue, choisissant évidemment de combler leurs besoins vitaux d’abord, puisque nous ne leur donnons pas la chance de se franciser sans qu’ils ne se ruinent, ou encore que les taux de chômage des immigrants soient astronomiques. Plutôt que de s’atteler à la francisation de nos néo-Québécois ou à leur insertion sur le marché du travail, nous continuons à en accueillir d’autres sans nous préoccuper de leur intégration, pourtant primordiale à la participation sociale des nouveaux arrivants. 

Jean-François Lisée ne semble pas vouloir statuer sur un chiffre pour l’instant, mais je l’invite à ne pas avoir peur de se mouiller et à envisager de vraies options: pourquoi pas 30 000? Ne serait-ce que pour enfin améliorer les conditions de vie des néo-Québécois qui sont déjà ici?