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Facebook ou l’espionnage ordinaire

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Il y a quelques jours, je flâne un peu sur Facebook. Je ne sais pas trop ce que j’y fais, ni pourquoi j’y suis. J’ai probablement le regard flottant: étrange hypnose technologique.

Puis une entrée Facebook attire mon attention. Une jeune femme écrit sur son babillard qu’elle se trouve dans le même restaurant que Gaétan Barrette.

Ses «amis» lui demandent ce qu’il mange. Apparemment, c’est du homard. Elle leur dit en ajoutant un commentaire pas trop aimable sur son épouse, transformée en victime collatérale de ces médisances.

Facebook

J’ai vu tout cela en quelques secondes, avant de passer à autre chose. Mais j’y repensais ensuite. Quelle scène révélatrice de la société de surveillance que nous subissons!

Mais cette surveillance vient d’en bas. Nous vivons sous le regard permanent de millions d’espions qui, avec leur téléphone, peuvent nous épier, nous photographier, nous filmer, commenter publiquement nos vies.

Pour les personnalités publiques, c’est pire, depuis que le moindre quidam un peu senteux peut s’improviser paparazzi. Au restaurant, elles doivent chuchoter, sans quoi n’importe qui pourra rapporter sa conversation sur les médias sociaux en la déformant.

Quant aux amours naissants, n’importe qui peut les révéler publiquement. Puisqu’une personne évolue dans la vie publique, on décide que chaque aspect de sa vie nous appartient.

Surveillance

L’espionne Facebook ne s’est pas dit: Gaétan Barrette est au restaurant avec sa femme, il a droit qu’on lui fiche la paix. Elle ne s’est pas demandé: et si c’était moi qu’on espionnait ainsi, est-ce que j’aimerais ça?

Mais c’est désormais la norme. Avec nos téléphones intelligents, nous avons dans nos mains des instruments qui anéantissent nos bonnes manières. La toute-puissance technologique nous déshumanise.

Nous nous donnons un droit absolu sur la vie des autres. Et on camoufle ce voyeurisme abject derrière une admirable quête de transparence démocratique! Les grands mots cachent les passions minables.