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À 6 ans, Derek deviendra Rosaly

Dès qu’il a su parler, le jeune garçon disait à ses parents qu’il était une fille

transgenre 6 ans
Photo Le Journal de Québec, Emy-Jane Déry Derek Audette peut compter sur le soutien inconditionnel de sa mère Candy Tiberi pour assumer sa transsexualité.

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PORT-CARTIER | À six ans, le petit Derek se rend à la maternelle en robe, préfère les Barbies aux camions et il deviendra bientôt Rosaly auprès du directeur de l’État civil.

Derek Audette crie haut et fort qu’il est une petite fille et non un garçon depuis qu’il parle. «À deux ans, quand les gens lui disaient qu’il était un petit garçon, il criait qu’il était une fille. Il était vraiment fâché. On trouvait ça drôle, on l’agaçait. On s’est rendu compte avec le temps que c’était sérieux», a dit Candy Tiberi, la mère de Derek.

Robe avec taies d’oreillers

Au fil du temps, les évidences se sont multipliées. Vers l’âge de quatre ans, Derek trouvait des solutions créatives pour ressembler le plus possible à une fille. «Il prenait des taies d’oreillers, il se coupait des manches et il se faisait des robes avec. Il prenait des serviettes pour faire comme s’il avait de longs cheveux», s’est souvenue Mme Tiberi.

Selon elle, pour Derek, être une fille est une certitude sans équivoque qui se reflète dans sa façon d’être au quotidien. «Le rose est ma couleur préférée», a lancé Derek, tout sourire, en arborant fièrement son vernis fuchsia fraîchement étendu sur ses petits ongles.

«Un petit pincement»

Pour le père de Derek, l’acceptation de la situation s’est faite plus graduellement que pour sa mère. Cette dernière se souvient du jour où son conjoint a accepté d’acheter une Barbie à son fils plutôt qu’un camion. «Je voyais deux visages fiers qui s’en venaient vers moi dans l’allée du Hart. Mon chum qui se disait qu’il avait passé par-dessus ses émotions pour faire plaisir à son enfant, et ça le rendait heureux. Puis, mon enfant qui se disait qu’enfin, son père avait compris. Ça m’a fait un petit pincement», a-t-elle confié.

Craignant les réactions, sa mère a hésité à laisser Derek aller à la maternelle avec ses vêtements féminins. Pour la photo d’école, elle a exigé qu’il coupe ses cheveux devenus longs. «Il a tellement pleuré que je me suis dit que plus jamais je n’allais faire ça.»

Derek, lui, était impatient de s’afficher à l’école. «La première semaine, je lui avais dit: on va mettre juste des collants en dessous de tes pantalons, en me disant que les autres ne le sauraient pas. Il est arrivé à l’école et il a fièrement montré à tout le monde qu’il avait des collants», a-t-elle raconté en éclatant de rire.

L’enseignante a expliqué la situation aux élèves qui ont eu des réactions partagées, mais dans l’ensemble respectueuses.

Changement de nom

Derek est suivi par des professionnels qui l’aident, lui et son entourage, à travers son cheminement. Sa demande de changement de nom a été envoyée auprès du directeur de l’État civil. Il deviendra Rosaly.

Le premier sur la Côte-Nord

Le jour où Derek a expliqué à sa mère qu’il voulait être une fille et qu’il allait «coller» son pénis pour que personne ne le voie, elle a immédiatement foncé au CLSC pour aller chercher l’aide de spécialistes.

Une fois confrontée au fait que son enfant ne sentait pas qu’il était né dans le bon corps, Candy Tiberi a entamé des démarches concrètes pour l’aider. «Le médecin nous a dit que plus jeune l’enfant s’exprime, moins il y a de chances de retour en arrière. Elle disait qu’il fallait le laisser progresser dans son cheminement», a rapporté Mme Tiberi.

Une travailleuse sociale effectue aussi un suivi et accompagne Derek dans chacune des démarches. Il ira bientôt passer des examens génétiques à Québec, afin de déterminer si sa génétique est à la base plus féminine que masculine.

Aspects techniques

Derek est le premier transgenre à s’être manifesté au sein de sa commission scolaire sur la Côte-Nord. Face à la situation, les intervenants concernés du milieu de la santé, de son école ainsi que ses parents se sont rassemblés pour faire le point, afin de bien répondre à ses besoins.

«Nous apprenons à mesure en cheminant avec lui là-dedans. On a un plan d’intervention et nous adaptons les mesures selon l’évolution de sa situation», a dit Lucien Maltais, directeur de la Commis-sion scolaire du fer.

Le contenu du plan d’intervention de Derek est confidentiel. Toutefois, Lucien Maltais affirme que pour l’instant, les aspects techniques tels que l’utilisation des toilettes ou des vestiaires ne causent pas de problème et que Derek a le choix d’utiliser les installations pour filles ou pour garçons à sa convenance.

Changer de sexe en 4 étapes

1. Les premières étapes à franchir sont dites «réversibles» et incluent le changement de nom au niveau légal, le fait de porter des vêtements différents pour aller à l’école.

2. Parler de la prise de bloqueurs hormonaux à la puberté. Ils permettent à l’enfant de ne pas vivre sa puberté immédiatement et de ne pas voir son corps changer d’une façon qu’il ne souhaite pas.

3. Début de la prise d’hormones pour induire les caractéristiques physiques du sexe opposé.

4. Lorsque l’enfant atteint 18 ans, il peut choisir de passer à l’étape finale de la chirurgie pour transformer, par exemple, un pénis en vagin.