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Le multiculturalisme : une nouvelle religion ?

Livre MBC

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Le multiculturalisme est un concept qui donne de l’insomnie à mon ami et collègue du Journal, Mathieu Bock-Côté. Si vous êtes un habitué et le suivez depuis des années, que ce soit dans ses chroniques au JdM ou sur les nombreuses tribunes qu’il a eu la chance d’avoir depuis plusieurs années, que cette thématique soit au cœur de son nouveau livre Le multiculturalisme comme religion politique publié aux Éditions du Cerf, une maison d’édition française, ne vous surprendra guère.

 

Soulignons d’abord la réussite du jeune sociologue à s’imposer avec ce livre, comme une figure intellectuelle en pleine ascension chez nos cousins français. La couverture médiatique de son essai est symbole d’une percée outremer admirable.

 

Dans ce pavé de 368 pages, ce n’est pas l’aspect virulent ou la dénonciation que l’auteur met de l’avant, mais bien un cours d’histoire et de philosophie au sujet dudit multiculturalisme. Une véritable incursion dans les fondements philosophiques, politiques, sociologiques et historiques de l’idéologie multiculturaliste.

 

L’auteur amène donc ses lecteurs à comprendre comment le « culte de la diversité » est né et comment il s’est taillé une place de choix dans les discours politiques, mais aussi dans l’ensemble des sphères publiques.

 

S’adressant d’abord aux initiés et aux intellectuels, Bock-Côté demande si les sociétés occidentales ont « appris à avoir honte de leur histoire » (p.129) ou si « elles se croient entachées par une faute grave, indélébile comme si la tradition était définitivement souillée. » Se demande si les sociétés occidentales carburent « à la repentance » et si la gauche multiculturelle fait en sorte que l’homme soit « poussé à se délivrer de la tradition. » (p.161).

 

Qu’on soit d’accord ou pas avec les idées que Bock-Côté diffuse dans l’espace public depuis plus d’une dizaine d’années, on ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir fait ses devoirs : l’auteur appuie et défend ses idéaux dans un essai ultra documenté et hypercontextualisé au sujet des dérives du multiculturalisme. On pourra certes être en désaccord avec lui, mais on ne pourra jamais l’accuser, en lisant ce livre, de ne pas savoir de quoi il parle, ou sur quoi il écrit.

 

Dénonçant celui qui ne « tolère tout simplement plus l’idée d’une culture commune nouée dans une histoire » (p.185) ou ceux qui vont jusqu’à « fabriquer un nouveau peuple » (p.187 faisant de nos nations des « nations sans substance ni identité » [p.192] Bock-Côté assume son conservatisme même s’il se demande si celui-ci « est une pathologie » [p.265.] Le sociologue et chroniqueur persiste et signe : il réhabilite le conservatisme comme philosophie politique légitime. Avec ce livre, il s’impose et gagne assurément sa place parmi les grandes figures de la pensée politique contemporaine.

 

Probablement son œuvre la plus aboutie sur le plan académique et scientifique, Bock-Côté réussit, avec ce pavé, à s’introduire dans la cour des grands et approfondit cette question comme jamais, en renouvelant notre compréhension du multiculturalisme et des idées s’y rattachant. Définitivement, les amoureux d’histoire et de philosophie politique y trouveront leur compte.