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André Lebon lance un cri d'alarme: "Les Centres jeunesse sont en crise!". Et la ministre Charlebois se susurre: "Tout va très bien madame la marquise".

André Lebon lance un cri d'alarme: "Les Centres jeunesse sont en crise!". Et la ministre Charlebois se susurre: "Tout va très bien madame la marquise".
Photo d'archives

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Il y a la langue de bois, celle qui édulcore, qui dilue, qui gomme, qui rassure faussement, qui susurre. Et, il y a la "langue à Lebon", celle qui nomme les choses, qui s'indigne, qui dénonce et qui donne aux autres le courage de se dresser contre l'indifférence et la bêtise.

Et la médaille hebdomadaire de la bêtise revient à la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois.

André Lebon affirme que les Centres jeunesse sont en crise, que les ressources manquent, que la gestion a pris le pas sur l'intervention clinique, que les intervenants du réseau sont en souffrance, que  le roulement du personnel contrevient au développement et au maintien d'un lien de confiance nécessaire entre le jeune confié au Centre jeunesse et son intervenant.

Ce que la ministre répond concernant cet enjeu du roulement de personnel est ahurissant: ..."il y a lieu, dit-elle,  d'améliorer  le taux de roulement du personnel. Il y a un glissement là, et c'est quelque chose qu'il va falloir regarder pour que le jeune puisse avoir un lien d'attachement plus insistant (sic). Mais ce fort roulement s'explique en partie par une réalité sur laquelle le gouvernement ne peut avoir de contrôle. On sait que plusieurs femmes travaillent dans les centres jeunesse. Loin de moi vouloir critiquer ça, j'ai des enfants et je suis une femme, mais on fait des bébés, nous. Les femmes, quand elles quittent, ça crée une instabilité ".

Ce n'est pas l'épuisement, la fatigue professionnelle, le burn out, le manque de soutien que ressentent les intervenants-es dans ce système qui lui vient en tête en premier, c'est la grossesse des femmes. Faut être forte pour accoucher de cela!

Mais notre ministre, n'écoutant que son spin politique va plus loin encore dans la bêtise: " Je ne considère pas qu'il y a une crise (dans les Centres jeunesse), je pense que c'est en évolution. Comme tout ce qu'il y a dans la vie, tout est évolutif, et il faut prendre en compte les choses qu'on doit améliorer tout au long d'une vie. Vous savez quoi ? Je ne suis pas venue au monde avec la personnalité que j'ai aujourd'hui. C'est la même chose pour les centres jeunesse. Il faut pouvoir améliorer nos services à mesure que les pratiques changent".

Notre ministre déléguée fait la démonstration de son ignorance du développement humain. La personnalité d'un individu demeure relativement stable dans le temps. C'est ce que l'on apprend dès la première année en psychologie. Mais plus encore, elle fait preuve de mépris. Alors qu'elle affirme que tout va bien sur le terrain, elle laisse entendre que ceux qui expriment leurs inquiétudes ont peur du changement. Elle, dont la personnalité a tellement évolué et s'est améliorée depuis le berceau, approuve candidement des changements qui induisent de l'instabilité, de l'épuisement du personnel, un manque de soutien clinique de la part des gestionnaires désormais confinés dans leurs bureaux. Des changements qui forcent les intervenants à des pratiques de dernier recours comme, par exemple, l'intervention téléphonique auprès des jeunes suicidaires, faute de temps pour se déplacer et assurer une présence réelle et nécessaire auprès de ces jeunes.

Cette belle candeur permet à notre ministre de rejeter la tenue d'états généraux sur les Centres jeunesse et la réadaptation des jeunes en difficulté tel que demandé par Lebon. Elle propose plutôt la création d'une table permanente. C'est le comble du cynisme et de la mauvaise foi. C'est précisément cette table permanente dont la mission était de faire le suivi des pratiques en Centre jeunesse, d'assurer la formation des intervenants, de débusquer et d'introduire les pratiques fondées sur des données probantes que son vénéré et incontestable patron, le ministre Barrette, a biffé d'un souffle avec son projet de loi 10. Finie, disparue l'association des Centres jeunesse du Québec où les directeurs formaient une communauté de pratique informée,  assuraient une veille constate sur les services et acheminaient des recommandations au ministère. La ministre préfère une table où c'est elle qui dresse le menu et qui casse les assiettes. Des directeurs indépendants et qui de surcroît peuvent faire des pressions sur le ministère, c'est trop demander à une ministre qui ne veut ou ne peut pas voir les problèmes.  

Lucie Charlebois a déposé un plan de lutte contre l'itinérance dans lequel elle reconnait que 75% des jeunes que l'on retrouve dans la rue ont fait un séjour dans les Centres jeunesse. Ce constat fait, elle a accepté d'endosser un plan dans lequel le développement de tous les jeunes confiés aux Centres jeunesse devrait faire l'objet d'une évaluation et d'un suivi. Ou bien elle a signé sans lire, ou bien elle fait preuve d'une lamentable incohérence.

On rêve d'une ministre à la Protection de la jeunesse qui aurait la lucidité, les connaissances, l'authenticité et l'empathie d'André Lebon.