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«Monsieur le maire» n'est plus: Gilles Lamontagne est décédé mardi à 97 ans

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Gilles Lamontagne, que tous continuaient d’appeler «Monsieur le maire» même 40 ans après son passage à la mairie de Québec, est décédé mardi soir.

La Ville de Québec a annoncé dans un communiqué tard mardi le décès de l'homme politique à l'âge de 97 ans.
 Elle tient à offrir ses condoléances à la famille de Gilles Lamontagne, un des plus importants maires que Québec a connu, mentionne le communiqué.

Régis Labeaume qui était en déplacement à Montréal est revenu d'urgence à Québec dans la nuit de mardi à mercredi. 

M. Labeaume a côtoyé M. Lamontagne depuis 2007, alors qu’il faisait ses premières armes à l’hôtel de ville. Il a exprimé sa tristesse par communiqué.

«Je suis profondément triste du décès d’un des grands maires de Québec, a-t-il souligné. Cet homme s’est investi avec cœur et passion dans sa fonction de maire ainsi que dans tous ses engagements dans la communauté tout au long de sa vie. Il a permis à Québec de se positionner parmi les grandes villes pendant son règne comme maire. J’aimais particulièrement ce sage de qui je m’inspirais dans mes fonctions et comme être humain.»



Source d'inspiration

«Je suis triste parce que j'ai perdu un grand ami, un compagnon de longue date, un maître à penser», a notamment écrit l'attaché de presse du maire actuel, Paul-Christian Nolin. 

Il y a quelques mois, M. Lamontagne avait rendu un vibrant hommage à son «compagnon» Jean-Paul L’Allier, décédé le 5 janvier 2016.

«Il a été un très bon maire, peut-être meilleur que moi», avait-il mentionné avec humour.



M. Lamontagne a été très présent dans le cadre des célébrations du 400e anniversaire de Québec. Le 3 juillet 2008, il a reçu la médaille de la Ville de Québec pour souligner l'ensemble de sa carrière, tout comme les anciens maires Jean Pelletier et Jean-Paul L'Allier.

M. Labeaume demeure en contact avec la famille afin de convenir avec eux des funérailles. Les citoyens pourront se recueillir à sa mémoire.



La Ville de Québec mettra en berne son drapeau jusqu’au soir des funérailles. Tous les détails seront communiqués sous peu.



Né à Montréal en 1919, Gilles Lamontagne était le cadet d’une famille de cinq enfants. Fils de Trefflé Lamontagne et de Anna Keiffer, il a perdu sa mère alors qu’il avait à peine six ans. Il a fait ses études aux Hautes études commerciales, à Montréal.

Pilote de guerre

À 22 ans, en 1941, il se présente au bureau de recrutement de l’armée et se joint à l’Aviation royale canadienne. Comme pilote de guerre, il sera fait prisonnier par les nazis alors que son avion est abattu au-dessus des Pays-Bas. Il est gardé en captivité par le régime de Hitler pendant 22 mois. À propos de ces longs mois, M. Lamontagne a souvent dit que «l’ultime désir» qu’il avait était de survivre.

De retour au pays, il s’installe à Québec. Après une brillante carrière dans les affaires, il se laisse convaincre par René Lévesque de se lancer en politique, en pleine révolution tranquille.
Il est élu maire de Québec en 1965 et le demeurera pour trois mandats successifs, jusqu’en 1997, avant de se lancer en politique fédérale.

Le maire des Nordiques

En 1972, avec l'aide de Jean Lesage, Lamontagne avait réussi à mobiliser les gens d'affaires de Québec pour amasser 2 millions $ en dons qui ont permis de lancer les Nordiques dans l'Association mondiale de hockey.

À Ottawa, il occupera le poste stratégique de ministre de la Défense au plus fort des tensions de la guerre froide et de la menace atomique.

Il termine sa carrière politique comme lieutenant-gouverneur du Québec de 1984 à 1990.

M. Lamontagne a épousé Marie Schaeffer, une Américaine, née en Ohio qui était venue apprendre le français à Québec pendant la guerre. Le couple Lamontagne s’était marié le 23 avril 1949 à la cathédrale St. Patrick, sur la 5e Avenue à New York.

Ensemble, ils ont eu quatre enfants, Michel, André, Pierre et Marie. Pierre est décédé à 50 ans durant son sommeil. M. Lamontagne en avait été énormément affecté car il était très proche de son fils.

Préface de Labeaume

Dans la bibliographie du maire Lamontagne, intitulée «Gilles Lamontagne, Sur tous les fronts» parue en 2010 et écrite par l'historien Frédéric Lemieux, le maire Labeaume avait signé la préface.

Il écrit que «le maire Lamontagne a fait entrer Québec dans le 20e siècle, et c'est énorme».

«Gilles Lamontagne est également, selon moi, le fondateur de l'administration municipale de Québec (...) À son arrivée au conseil de ville, une tradition bancale permettait à chaque échevin de nommer annuellement, parmi ses proches, quatre hommes de son choix, dans la plus pire tradition de favoristime et de népotisme d'une époque heureusement révolue. À son départ, Lamontagne a laissé une administration digne de la modernité et de l'administration publique.»

Enfin, «notre ville est très redevable à ce tranquille révolutionnaire de la politique municipale. Le termine ne lui pas comme un gant, j'en conviens, mais pour occuper maintenant le siège de premier magistrat, je le pense profondément quand j'analyse son passage à cette fonction.»

Biographie de Gilles Lamontagne

  • Né à Montréal, le 17 avril 1919.
  • Études chez les sœurs de la Providence, au Collège Jean-de-Brébeuf et à l'École des hautes études commerciales.
  • Engagé dans l'Aviation royale du Canada en 1941. Il a été prisonnier lors de la Deuxième Guerre mondiale en Allemagne du 13 mars 1943 au 6 mai 1945.
  • Propriétaire des magasins Korker Shop à Québec de 1945 à 1966.
  • Officier recruteur dans la réserve primaire de l'Aviation royale canadienne en 1950. 
  • Président du Club Rotary de Québec en 1962 et en 1963.
  • Membre du Parti Le Progrès civique de Québec à partir de 1962. Il a été chef de ce parti du 20 février 1964 à 1977.
  • Maire de Québec de 1965 à 1977.  
  • Président de l'Union des municipalités du Québec de 1974 à 1977.
  • Élu député de Langelier pour le Parti libéral à Ottawa le 24 mai 1977. Réélu en 1979 et en 1980. Il a démissionné en 1984.
  • Ministre sans portefeuille dans le cabinet de Pierre-Elliott Trudeau du 19 janvier au 1er février 1978.
  • Ministre des Postes du 2 février 1978 au 3 juin 1979.
  • Ministre de la Défense nationale de mars 1980 à août 1983.
  • Ministre intérimaire des Anciens Combattants du 1er octobre 1980 au 21 septembre 1981.
  • Lieutenant-gouverneur du Québec du 28 mars 1984 au 9 août 1990.
  • Conseiller de 1991 à 2005 chez Consilium, devenu en 1994 GPC International.
  • Membre du conseil d'administration de l'Université Laval du 21 août 1991 à 1996.
  • Décès le 14 juin 2016.

Décorations de Gilles Lamontagne

  • Chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1985
  • Doctorat honorifique en droit du Collège militaire royal de Saint-Jean en 1986
  • Officier de l'Ordre du Canada en 1991
  • Chevalier de l'Ordre national du Québec en 2000
  • Palme du secteur social au sein de l'Académie des Grands Québécois 2005
  • Chevalier de la Légion d'honneur de France en 2006
  • Médaille de la Ville de Québec en 2008

–Avec la collaboration de Jean-François Racine