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Disparition du «père de Québec», selon le biographe de Gilles Lamontagne

Le Maire Gilles lamontagne fÍte ses 90 ans
Agence QMI/Le Journal de Quebec

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Énumérant les réalisations de Gilles Lamontagne, l’auteur de la biographie de l’ancien maire n’hésite pas à le qualifier de «père de la Ville moderne de Québec».

«Il a donné de la fierté aux gens de Québec envers leur ville. Sous son règne, il a transformé Québec qui n’était qu’un ensemble de quartiers sans esprit de corps», a décrit l’historien Frédéric Lemieux, auteur de la biographie : Gilles Lamontagne : sur tous les fronts. Ce livre, publié à la fin 2010, fut d’ailleurs un véritable succès d’édition avec plus de 2 000 copies vendues.

«Je l’ai beaucoup côtoyé pour l’écriture de la biographie entre 2007 et 2010 et nous sommes restés très proches par la suite. Nous avons coanimé plusieurs conférences devant des militaires, des Sociétés d’Histoire, des retraités ou des Chambres de commerce. C’était un ami, un mentor. J’ai beaucoup appris des choses de la vie avec lui», a ajouté M. Lemieux avec beaucoup d’émotion dans la voix.

Réalisations

Parlant d’un homme aux multiples vies et facettes, l’historien est convaincu que le rôle qui aura apporté le plus de satisfaction à M. Lamontagne est bien celui de maire de Québec, entre 1965 et 1977.

C’est ainsi que ce dernier a doté la Ville de sa toute première usine de filtration d’eau à Château-d’Eau, dans l’arrondissement de La Haute-Saint-Charles. «Il l’a fait dans les délais et sans dépassement de coûts. Comme c’est quelqu’un qui planifiait tout, l’inauguration s’est faite en 1969 juste avant l’élection et ça a beaucoup aidé à sa réélection à l’époque», rappelle le biographe.

Cet épisode illustre d’ailleurs le sens de la répartie de l’ancien politicien. Isidore Deschênes, son principal adversaire à l’élection de 1969, l’a accusé d’être la maire «qui fait des pelletées de terre». Régissant sur le champ, Gilles Lemontagne a repris «l’accusation» à son compte et a revendiqué ces divers travaux qui transformeront durablement le visage de la Ville. Le sort du scrutin de 1969 était ainsi scellé.

Pendant ses trois mandats, M. Lamontagne aura également permis à Québec d’avoir une «administration municipale compétente et diplômée où les recrutements se faisaient par concours», explique M. Lemieux.

L’assainissement de la rivière Saint-Charles, la création d’un Service municipal des loisirs, la construction du Centre des congrès et l’avènement d’une offre hôtelière de calibre international à Québec sont également à mettre au crédit de l’ancien maire, insiste le biographe.

Ce dernier admet cependant un héritage «controversé», celui du «réaménagement de certains quartiers, surtout Saint-Roch. Ça a été difficile. On a beaucoup rasé et exproprié des gens qui vivaient dans des conditions déplorables dans des quartiers qui avaient des allures de zones sinistrées. On les a déménagés plus loin dans des tours de HLM. C’était ça la solution à l’époque. M. Lamontagne avait sous-estimé l’attachement des gens à leur vie de quartier», admet M. Lemieux.

Après la mairie

À la demande de Pierre Elliot Trudeau, qu’il a côtoyé sur les bancs d’école, Gilles Lamontagne fait le saut en politique fédérale à la fin des années 1970. Il vit difficilement ses années comme ministre des Postes qui ont surtout été marquées par une dure grève des postiers en 1978-1979 et par une Loi spéciale qui a forcé leur retour au travail. Il devient ensuite ministre de la Défense, un poste «naturel» pour ce militaire «méticuleux, cérébral et parfois qualifié de robot par ses adversaires», décrit M. Lemieux.

La décision de doter l’armée canadienne d’une flotte d’avions de chasse F-18 a été prise sous son règne. «Et c’était la bonne décision. Les avions se sont avérés durables et adaptables», fait remarquer le biographe.

M. Lamontagne terminera sa carrière publique à titre de lieutenant-gouverneur du Québec entre 1984 et 1990. Malgré leurs divergences politiques fondamentales, le gouvernement Trudeau, à Ottawa, et le gouvernement de René Lévesque, à Québec, avaient réussi à s’entendre sur ce nom rassembleur.

Soutien à Labeaume

Décrivant l’ancien maire comme une «autorité morale à Québec», Frédéric Lemieux  rappelle le soutien apporté par M. Lamontage au maire Labeaume lors de l’élection de la fin 2007, rendue nécessaire après le décès subit de la mairesse Andrée Boucher. «M. Labeaume était troisième dans les sondages et il est passé premier juste après. La lettre de M. Lamontagne y est pour beaucoup», croit l’historien-biographe.

Deuxième guerre mondiale

Rarement raconté auparavant, l’incroyable épisode de la captivité de l’aviateur Gilles Lamontagne dans des camps de prisonniers allemands durant deux années – de 1943 à 1945 – est décrit en détails dans la biographie de M. Lemieux.

L’avion de M. Lamontagne a été abattu et il s’en est sorti miraculeusement. Il a ensuite dû endurer des conditions extrêmes dans des camps de prisonniers en Allemagne et en Pologne. «Il pesait 160 livres en 1943. Il est passé à 100 livres, deux ans après, illustre le biographe. Il a toujours dit qu’il n’était pas un héros malgré tout et qu’il avait trop peur de se faire tuer s’il avait essayé de se sauver de ces camps.»