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Lettre à mon pitbull : un propriétaire déchiré

Pitbulls?

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Les PITBULLS.

Tout a déjà été dit.

Chaque côté est bien campé sur ses positions. Les innombrables statistiques sont au service des deux bords. De toutes parts, on accuse les autres de ne pas tout dire et de tronquer la vérité. Pour chaque histoire horrible d’attaque de pitbull, on a une histoire de pitbull qui a sauvé un bébé d’un feu.

Peu importe ce qui est vrai ou pas, quelle opinion est valable ou pas, ça clique, ça partage, ça commente, c’est parfait! Le Shark Week version 2.0.

J’ai une pitbull.

Elle a 5 ans.

Elle s’appelle Memphis.

Je n’ai pas d’opinion sur le débat. Désolé!

J’ai juste une histoire.

 

Salut Memphis,

Je vais commencer par te raconter comment papa en est venu à t’adopter. Je t’épargne les détails, mais disons que je n’allais pas très bien. Puis mon papa à moi m’a dit, « prends-toi un chien, ça va te remonter le moral ».

Alors je suis allé à la SPCA. C’était pas mal tous des comme toi dans les cages, mais hors de question de prendre un pitbull. Je ne suis pas un voyou en quête de virilité et je n’ai pas le goût de dealer avec un chien duquel on s’est débarrassé parce qu’il était trop de troubles.

La préposée m’a donc présenté un poméranien de 7 ans avec de toutes petites dents et une toux chronique qui le rendait encore plus mignon. La dame âgée de Westmount qui l’avait eu ne pouvait simplement plus s’en occuper. « Isn’t that wonderful!! Voici la bête qui me sortira de la morosité » me suis-je dit. Le centre d’adoption allait fermer, on m’a donc demandé de repasser le lendemain pour remplir la paperasserie et ramasser mon nouvel ami.

Sur le chemin du retour, une vieille connaissance m’a texté : « mon proprio dit que je ne peux pas garder Memphis. La veux-tu? Sinon je l’amène à la SPCA demain matin. » J’allais répondre non parce qu’à chaque fois que je t’avais vue dans ta cage, tu me jappais après, tu me faisais les gros yeux, tu grognais, tu faisais chier quoi.

Mais j’ai repensé à tous ces chiens dans les cages de la SPCA qui hurlaient avec l’espoir de susciter assez de pitié pour être sauvés et ceux vraisemblablement résignés devant le constat d’une mort imminente. Alors j’ai répondu, « j’arrive ».

15 minutes plus tard, j’étais ton (3e) papa.

Je ne sais pas pour toi, mais ma vie a changé du tout au tout instantanément. Fini les matins à fixer le plafond pendant des heures à regretter ma carrière, mes amours, mes choix de vie. C’était devenu impossible de m’apitoyer sur mon sort quand tu me badigeonnais le visage à grand coup de langue dès le lever du soleil. On allait faire une marche. Je te jasais de ma vie. Tu m’écoutais. Tu m’as aussi obligé à reprendre la course, parce que de toute évidence, la marche ce n’est pas assez pour délier ta shape de bodybuilder.

Bizarrement, si tu savais à quel point ramasser ta merde, m’a fait réaliser que la vie c’est tellement pas de la merde. Ton enthousiasme à plonger tête première dans la neige, ta joie de te prélasser dans le gazon l’été, ton air piteux quand t’as dégusté une boite de kleenex, ton agilité impressionnante quand tu grimpes les murs comme un ninja me rendent... heureux.

 

J’ai lu les livres de dressages, j’ai demandé conseil aux experts, je t’ai socialisée, on a fait les exercices avec les renforcements positifs... tout ce qu'il faut quoi! Dans la maison avec papa, tu écoutes, t’obéis, t’es fine, t’es comme une grosse patate douce dans le fond. Tu mets le sourire au visage de tout le monde quand tu te couches sur le dos en implorant qu’on te flatte. Tu manges même full bio organique! 

Puis tu donnes des becs. Beaucoup de becs.

MAIS...

T’es anxieuse, tellement anxieuse. T’as peur du balai, des balades en voitures, des souris, des bananes. Depuis quelques années, t’as surtout peur des autres chiens, des enfants et des hommes saouls. Peut-être que tu ne t’es jamais remise de la fois où deux bulldogs t’ont attaquée au parc et du petit gars de ta première maman qui te terrorisait. Pour les personnes qui sentent le fond de tonneau, on s’entend que personne tripe trop là-dessus.

Quand un enfant s’approche, tu recules, tu te recroquevilles et parfois, je peux entendre un petit grondement sortir de ta gueule crispée. J’essaie de te rassurer, de te dire que c’est un ami, mais rien à faire, t’as peur. Tout d’un coup, je ne pense plus pouvoir prédire comment tu réagiras.

Il y a aussi eu l’incident avec le chien du voisin. Je sais qu’il te jappait après agressivement et qu’il te montrait les dents comme s’il allait te dévorer. Ça ne te donnait pas le droit d’y répliquer en l’agrippant solidement par le cou. T’es bien trop forte pour lui. Papa s’est excusé, on a payé les points de suture et on a déménagé. Une chance que le voisin t’aimait bien, ça aurait pu être ta fin. Le réalises-tu?

C’est vrai que mon ami avait un verre de trop dans le nez et il a voulu jouer trop violemment avec toi. Tu n’avais pas besoin de lui montrer si brusquement que tu te sentais attaquée. Papa s’est excusé pour la grosse éraflure. Mais il ne m’a pas reparlé depuis. Je ne pense pas qu’il nous invitera au prochain BBQ non plus. 

Conséquemment, je dois te laisser toute seule plus souvent. Quand on court, je tiens ta laisse serrée. Je garde l’œil ouvert pour les enfants qui jouent quand on passe par le parc. C’est fini les longues soirées au parc à chiens avec tes amis...juste au cas...si jamais. Il n’y aura pas de 2e chance, surtout plus maintenant. C’est stressant. C’est lourd. C’est hypothéquant. 

Papa aimerait ça avoir des bébés humains aussi. Pas tout de suite, mais pas dans 10 ans non plus. Est-ce que je peux te faire confiance? J'ai peur que non. C'est un risque que je ne peux pas prendre. Si ma blonde insiste, je te garde toi et je la perds elle? Je ne veux pas perdre ma blonde, je l’aime aussi. En passant, peux-tu arrêter de paniquer quand je l’embrasse. Je vais revenir te flatter après.

Si je t’abandonne, qui va te prendre en connaissance de cause? Si je ne trouve personne de confiance, pourrais-tu tomber entre de mauvaises mains? Un gros cave qui va tout faire pour que tu montres les crocs ou qui va te maltraiter.

Memphis, mon bébé d'amour, quand ma blonde va tomber enceinte, est-ce que je te conduis au vétérinaire et on te donne la piqure? En te donnant un biscuit pour voir une dernière fois ton magnifique sourire géant et tes yeux intelligents qui scintillent. On me dit que je vais m'en remettre, t'es juste un animal après tout.

Je t’aime. Tellement. Mais je suis fatigué. Je suis désolé, mais papa n’a pas la force et la conviction pour défendre toute ta famille élargie.

Tu m’as sauvé la vie et pour te remercier je me suis promis que je m’occuperais de toi jusqu’à la fin. Il y a des jours, j’espère avec toute la culpabilité du monde, que la fin n’est pas si loin.

Je t’aime

Je m’excuse

Papa

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