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La révolution Hivon en santé

La révolution Hivon en santé
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

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2012: Pauline Marois forme son cabinet. Les commentateurs politiques sont alors unanimes à exprimer  leur surprise, sinon leur déception,  de voir qu'elle nommait Véronique Hivon comme Ministre déléguée à la Santé publique et à la Protection de la jeunesse alors que tout le monde la voyait au prestigieux ministère de la Justice.

Je n'ai jamais partagé cette déception, au contraire.

On ne mesure pas l’importance d’une ministre seulement à l’épaisseur de son portefeuille ministériel ou à sa visibilité médiatique. Il faut aussi considérer la mission qu’on lui confie. Il faut se rappeler ce qu'était le Ministère de la famille en 1997. Son portefeuille : une peau de chagrin. Ce ministère est pourtant devenu l’incubateur d’une politique qui a changé la vie de dizaines de milliers d’enfants et de parents : celle des services de garde éducatifs.  Une petite révolution !

La mission que Marois confiait à Véronique Hivon à la Santé publique était tout aussi  importante : elle devait élaborer et faire adopter une politique de la prévention au Québec alors que toute notre culture santé est tournée vers la maladie, les soins et l’urgence, l’urgence, et encore l’urgence. En d'autres mots, Véronique Hivon devait veiller à ce que les conditions qui déterminent en grande partie notre état de santé et de bien-être soient protégées ou renforcées: de bonnes habitudes de vie, bien sûr, mais aussi des revenus suffisants et stables, de l'air et de l'eau de qualité, de  l’accès à des aliments sains, à des logements adéquats, à des loisirs, la sécurité au travail, le partage d'un sentiment d’appartenance à une communauté de vie, et l'accès à des services de santé et sociaux préventifs.

Autrement dit, la ministre Hivon devait avoir à l’oeil presque tous ses collègues ministres.

Marois confiait aussi à Hivon la responsabilité de la Protection de la jeunesse. Le taux de mauvais traitements envers les enfants avait augmenté de 57% entre 1996 et 2010, des statistiques qui indiquaient clairement la nécessité d'un effort national de prévention en cette matière, effort qui reste toujours et encore à faire.

Cette nomination de Véronique Hivon à un poste dédié à la prévention marquait le coup d'envoi d'une importante révolution dans le domaine de la santé.Véronique Hivon avait endossé entièrement cette mission et l'avait pris à bras-le-corps. Elle n'aura cependant jamais eu l'occasion de la remplir. Elle s'est vue dans l'obligation de prendre un congé de grossesse après à peine un mois en poste. À son retour de congé, le dossier de la santé publique avait été confié au ministre de la santé, Réjean Hébert, qui lança les travaux d'une politique de la prévention toujours en chantier ou sur les tablettes sous les libéraux.

La semaine dernière, Véronique Hivon, maintenant candidate à la chefferie du Parti Québécois, relançait cette idée forte d'une approche de prévention en santé en insistant sur l'importance de l'intervention précoce auprès des tout-petits et en proposant la gratuité des services en psychothérapie.

Hivon souhaite faire passer de 1,3% à 5% le budget de la santé consacré à la prévention (ici). C'est un objectif nécessaire et louable mais difficile à atteindre tant et aussi longtemps que le même ministère sera appelé à remplir  à la fois les deux missions de prévention et de traitement.  Dans un tel contexte, les soins, la maladie s’accapareront toujours les budgets au détriment de la prévention quelles que soient les bonnes intentions de la ministre déléguée.

Ce qu'il nous faudrait c'est un vrai Ministère de la santé et du bien-être avec son propre budget et dont la mission serait exclusivement de l'ordre de la prévention, et un Ministère des soins et des services sociaux dont la mission serait exclusivement de l'ordre du traitement. Ce serait un signal fort envoyé à la fois aux administrateurs de l'État, aux membres du Conseil des ministres et à toute la société québécoise à l'effet que la santé et le bien-être c'est bien autre chose que l'hôpital, l'urgence et les services de protection de la jeunesse.

Au-delà de la lancinante question référendaire, la course à la chefferie du Parti Québécois s'avère fertile en propositions pour réinventer le Québec. La proposition "santé" de Véronique Hivon en est une belle illustration.