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Émeutes de la Saint-Jean-Baptiste: punks et anarchistes n’étaient pas responsables

Ils ont servi à détourner l’attention portée sur la police, qui était dans une situation délicate

Émeutes de la Saint-Jean-Baptiste: punks et anarchistes n’étaient pas responsables
Photo d'archives, Le Journal de Québec

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Vingt ans après la plus violente émeute de la Saint-Jean, où des groupes punks et anarchistes avaient été montrés du doigt par la police comme étant les responsables du saccage survenu à place D’Youville, le chef de police de l’époque, Normand Bergeron, admet que ces groupes extrémistes n’étaient «pas responsables» des émeutes.

Au lendemain des terribles violences de la Saint-Jean 1996, où l’Assemblée nationale avait été vandalisée pour la seule fois de son histoire et que des dizaines de commerces avaient été gratuitement pillés, une importante «chasse aux responsables» avait été ouverte. En conférence de presse, les membres du Service de police de Québec avaient alors brandi le journal anarchique Démanarchie et ses auteurs comme agitateurs.

L’Assemblée nationale a été saccagée pour la seule fois de son histoire dans la nuit du 23 au 24 juin 1996. Une centaine de commerces avaient aussi été vandalisés pendant cette nuit de cauchemar. 
Photo d'archives, Le Journal de Qquébec
L’Assemblée nationale a été saccagée pour la seule fois de son histoire dans la nuit du 23 au 24 juin 1996. Une centaine de commerces avaient aussi été vandalisés pendant cette nuit de cauchemar. 

La publication titrant Quand la casse va, tout va faisait dire aux policiers que le groupe avait fomenté la rébellion. Une perquisition avait même été effectuée dans un appartement de Saint-Roch présenté comme les locaux du journal Démanarchie où trois personnes ont été arrêtées et emprisonnées (voir autre texte).

Le chef de police de l’époque, Normand Bergeron
Photo d'archives, Le Journal de Qquébec
Le chef de police de l’époque, Normand Bergeron

«Dévier l’attention»

Vingt ans plus tard, le chef de police de l’époque, Normand Bergeron rectifie maintenant certains éléments. «Je me souviens très bien de cette déclaration que j’ai faite, mais ce n’est pas vrai qu’on pouvait leur attribuer le comportement de milliers de jeunes qui envahissaient la ville.»

Le policier à la retraite affirme même qu’il y avait une stratégie dans ce message. «Je dois vous dire aujourd’hui qu’on voulait dévier un peu l’attention sur la police», a-t-il dit en entrevue au Journal. «Je n’aimais pas nécessairement les punks et leur comportement, mais je ne les rends pas responsables du tout de ces émeutes-là», a-t-il admis.

Trois émeutes en un an

Il faut dire que les policiers de Québec étaient à l’époque dans une situation délicate. Le climat à place D’Youville était passablement tendu en raison d’un grand nombre d’anarchistes, de gauche et de droite, au centre-ville.

En plus de l’émeute de juin 1995, des dizaines de jeunes s’étaient révoltés au même endroit le 3 mai 1996.

La police appréhendait donc la Saint-Jean. «C’est le comportement d’émeutier qui se multiplie de façon gratuite avec une violence gratuite. C’est ce qu’il y a de plus difficile à gérer parce qu’il n’y avait pas de leader, pas de motif réel, sinon de fêter», explique M. Bergeron. «C’était des jeunes qui n’étaient pas des punks», répète-t-il.

Arrestation: il dit avoir été un «bouc émissaire»

Aux prises avec un casier judiciaire depuis les émeutes de la Saint-Jean de 1996, Chany Pilote estime être une «victime collatérale» de la chasse aux responsables qui a suivi le vandalisme survenu au centre-ville.

À l’été 1996, Chany Pilote habitait un appartement de la rue de la Reine avec deux colocataires lorsqu’il s’est retrouvé bien malgré lui au centre de l’enquête entourant l’émeute de la Saint-Jean. Hors de la ville lors de la révolte, ceux-ci louaient un appartement qui avait été loué précédemment par un responsable du journal Démanarchie, adresse identifiée par la police comme le local du journal.

Lien avec Démarnarchie

À la suite d’une descente policière survenue le mardi 25 juin, les trois colocataires ont été arrêtés pour leur lien avec Démanarchie.

Or, les trois individus faisaient plutôt partie d’un groupe écolo appelé «La bouffe pas des bombes» faisant la promotion de la consommation responsable.

«C’est sûr qu’on avait des liens avec Démanarchie, on les connaissait [...], mais, eux [les policiers], ça prenait des coupables rapidement, donc ils n’ont pas tout démêlé», lance Chany Pilote. Jamais les trois hommes n’ont été accusés relativement aux émeutes, mais la découverte de plants de cannabis a valu à M. Pilote un mois de prison.

«C’était des plants de pot morts. C’est un coloc qui avait tenté un essai», déplore celui qui est aujourd’hui soudeur et père de famille.

«Délit d’opinion politique»

Le véritable auteur du journal Démanarchie, Nicolas Lefebvre-Legault, n’a quant à lui jamais été accusé pour sa publication. «Je pense qu’on a servi de boucs émissaires», croit Nicolas, rappelant la sortie des policiers dans les médias avec une copie de son journal Démanarchie.

Il estime aussi que son journal n’a eu qu’une infime influence sur les émeutes de la Saint-Jean.

«Oui, il y a un impact, mais, après tout, ça reste un journal», fait-il valoir. «Les interventions policières dans ces cas-là sont responsables de la moitié du problème.»

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