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BREXIT: Quoi retenir pour le Québec?

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Présentement, je suis en Grande-Bretagne. Par heureux hasard, je devais m’y rendre aux mêmes dates que le référendum concernant l’avenir du pays au sein de l’Union européenne. Je suis aussi un britannophile (un terme que je préfère à anglophile) depuis plusieurs années. Et en toute franchise, je serai normalement sympathique au « Brexit ».

L’Union européenne (UE) n’est pas une zone de libre-échange, c’est une union douanière qui impose un mur protectionniste aux produits étrangers. Ce mur est généralement construit pour favoriser certains groupes d’intérêts provenant des pays membres. À l’intérieur de ces murs, le marché commun est miné par des réglementations coûteuses qui réduisent l’activité économique ainsi qu’un marché du travail rigidifié par des lois insensées. Certes il y a des coûts à quitter l’UE, mais – en présence de politiques judicieuses en matière de réglementation et de commerce international – la Grande-Bretagne pourrait sortir gagnante. Politiquement, un « Brexit » permettrait à la Grande-Bretagne de se divorcer d’une Europe à la dérive qui plonge dans l’extrémisme politique.

Néanmoins, je ne suis pas chaud à l’idée. À l’origine, une partie significative des premiers « Brexiters » étaient inquiets de la dérive politique européenne vers un État sans imputabilité qui pourrait devenir le client de plusieurs groupes d’intérêts qui viendraient plomber le développement économique et social de la Grande-Bretagne (et du reste de l’Europe).  Cette frange était généralement libérale au sens classique et proposait d’accompagner un départ éventuel à des mesures compensatoires afin d’éviter des coûts importants. Avec le temps, le mouvement a grandi et il s’est métamorphosé. Les Brexiters sont devenus largement un groupe anti-européen qui mélange une peur insensée de l’immigration et un désir de simplement affubler le drapeau britannique sur les lois au lieu du sceau de l’UE. En toute franchise, il s’agit d’une bien faible justification pour un tel mouvement.

Et à toutes fins pratiques, on entend la même chose au Québec. Au début des années 1990, Jacques Parizeau avait fameusement déclaré que la seule différence entre lui et Pierre-Elliot Trudeau était l’emplacement de la capitale nationale.  Même si je suis souverainiste, je vois un plus grand nombre de différences majeures entre moi et le père de l’actuel premier ministre. En fait, je n’attribue pas une grande importance au drapeau dans lequel mes dirigeants se draperont. Très simplement, je veux un gouvernement imputable et dont le niveau est le plus proche possible des citoyens. Les souverainistes (et j’en suis un) crient qu’on va devenir « maître de notre destin » comme si c’était une finalité en soit.  Selon cette définition, Amir Khadir et moi sommes du même avis. Néanmoins, je peux aventurer l’hypothèse qu’Amir Khadir et moi avons des conceptions très différentes de l’avenir du Québec. Avec une telle perspective, je vois difficilement la valeur de quitter le Canada si nous allons répliquer exactement ce que fait le Canada. C’est la même perspective adoptée par plusieurs Brexiters qui sont découragés du discours simpliste (avec des versants anti-immigration) qui a dominé la campagne. Cependant, ce genre de discours simpliste (adopté par plusieurs au Québec tout comme en Grande-Bretagne) est celui qui a le plus de chances de gagner parce qu’il amalgame plusieurs personnes qui voient le monde différemment.

D’autre part, les Bremainers (terme portemanteau pour les partisans du « Remain ») ont tout simplement opté pour une campagne de peur : le pays sera appauvri et la sécurité nationale sera en danger. L’historien Niall Ferguson illustre cette pensée lorsqu’il affirme que les coûts seraient massifs et que l’Europe n’est jamais aussi stable que lorsque la Grande-Bretagne s’immisce dans les affaires du continent. On ne voit aucun discours sur « comment » éviter la dérive apparemment inexorable de l’Europe vers la sclérose économique et l’effondrement politique. Les Bremainers sont dans le même bateau que les Brexiters : leur mouvement est composé d’éléments hétéroclites (conservateurs, travaillistes, verts, libéraux-démocrates) et (normalement) irréconciliables. Dans un tel cas, une seule stratégie fonctionne – effrayer les gens. Il s’agit de la même stratégie que celle adoptée par les fédéralistes au Québec. Dans les deux cas, un tel discours ne résout absolument rien puisque l’insatisfaction demeure.

Au final, le cas britannique ressemble largement au cas québécois. Et dans les deux cas, c’est déprimant.