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Un petit désir de fin du monde

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Pourquoi le monde de la fiction est-il autant truffé d’histoires de fin du monde? Pourquoi les aime-t-on autant, en raffole-t-on autant? Pourquoi Hunger Games, The Walking Dead, Le Labyrinthe, Divergence?

Dans la série The Walking Dead, ce ne sont pas les zombies qui sont intéressants. Ils sont désespérément lents et patauds, et le petit bruit d’écrapou quand on leur perce le crâne est plus drôle qu’autre chose. Ce qui ravit, dans The Walking Dead, c’est que le monde s’est écroulé, et qu’il faut se débrouiller pour survivre, et ça, c’est simple. C’est clair. C’est facile à comprendre.

Qu’est-ce que Game of Thrones, au fond, sinon une histoire de fin d’un monde tellement occupé à ses guerres de pouvoir qu’il ne voit pas s’avancer vers lui l’armée des morts venus d’au-delà du Mur? Sans même que la série soit encore ­finie d’écrire, on sent bien que le récit s’achemine vers une confrontation vitale entre les ­vivants et les morts, qui mettra en veilleuse toutes les mesquineries, toutes les cupidités, toutes les querelles intestines. Un jour, ce sera «nous contre eux», et ce sera beaucoup plus simple à suivre.

Le désir de survie

On ne compte plus les émissions de télé-réalité qui nous montre des gens qui vivent comme si la civilisation s’était effondrée. Habitants de l’Alaska, Alone, Mountain Men, Naked and Afraid... Ces pseudo documentaires tournent tous autour de personnages qui ne doivent compter que sur eux-mêmes pour s’abriter et se ­nourrir pour survivre...

Certes, la thématique de la fin du monde est... vieille comme le monde, justement. À partir du moment où on croit posséder quelque chose, la possibilité de le perdre vient tout de suite à l’esprit. Mais la science-fiction classique servait de conte moral, préventif. Ce qu’on appelle en anglais des «cautionary tales». Des histoires qui nous avertissent des dangers potentiels... pour qu’on réussisse à les éviter. De 1984 au Meilleur des Mondes en passant par Farenheit 451, Chronique martienne, Demain les Chiens, Je suis une légende, ou La planète des singes...

Ce qui me semble nouveau, c’est l’espèce de jubilation qui accompagne de nos jours cette possibilité de fin du monde.

Impuissance

Il y a quelque chose de tellement pourri dans notre monde à nous, que l’idée que tout s’effondre et que les choses soient à nouveau claires et simples nous séduit tout à fait. Les vivants contre les morts. Moi contre tout et tous. Ma vie contre la tienne. Simple. Rassurant. Plaisant.

Nous aimons les histoires de fin du monde parce que nous souhaitons tous, intimement, recommencer à zéro, prendre une machette et trancher la tête au malheur, à la bêtise, à la méchanceté, à la complexité...

Mais nous nous sentons ­impuissants. Alors nous allons travailler en faisant la gueule et en buvant trop de café. Et le soir on s’effouère devant la télé pour regarder la fin du monde en mangeant des cochonneries.

Par procuration, on s’imagine luttant pour notre survie dans un monde qui s’effondre.

Mais on fond, nous sommes les zombies.

Photo courtoisie
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