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Ferme ta gueule et obéis!

Ferme ta gueule et obéis!
photo afp

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Depuis le Brexit, on nous sermonne sur les périls du populisme et de la xénophobie.

Je vais vous raconter une petite histoire vraie pour que vous compreniez pourquoi tant de gens en Europe en ont jusque-là de la façon dont le projet européen est conduit.

Au début des années 2000, les leaders politiques décident que l’Union européenne (UE) a besoin d’une constitution en bonne et due forme.

En 2004, on accouche du Traité de Rome: 445 articles, accompagnés de 36 protocoles annexés.

En comparaison, le document de base des souverainistes d’ici en 1995 était simple comme une recette de Ricardo.

Il faut ensuite faire ratifier le Traité par chacun des 25 États dans un délai précis.

Dans la plupart des pays, on se contente d’un vote au parlement, sachant qu’un référendum risquerait de se solder par un rejet.

Quand on craint la parole du peuple, le plus simple est de l’empêcher de parler.

Oups !

Tout de même, en Espagne, on organise un référendum: le OUI au Traité l’emporte sans difficulté avec 76 %.

Aux Pays-Bas et en France, on organise aussi des référendums. Oups! C’est le NON qui gagne dans les deux pays avec 62 % et 55 %.

Puis, le délai prévu pour la ratification arrive à échéance. C’est l’échec.

Quand on craint la parole du peuple, le plus simple est de l’empêcher de parler.

Quand les élites européennes voient que le peuple ferme la porte d’en avant, elles essaient d’entrer par la fenêtre du jardin.

En 2007, on bricole un nouveau document appelé le Traité de Lisbonne, d’une obscurité totale et délibérée.

On y réintroduit l’essentiel de ce qui a été rejeté par les Français et les Hollandais, qui ne veulent pas comprendre que c’est bon pour eux.

Un peu partout, les peuples réalisent maintenant qu’on veut les contourner. Ils se méfient.

Un sondage montre que 76 % des Allemands et 75 % des Britanniques exigent d’être consultés par référendum.

Il n’y en aura pas, car les dirigeants craignent le résultat.

Pour être exact, un seul référendum est tenu. C’est en Irlande.

Devinez quoi? En juin 2008, les Irlandais disent NON à 53 %.

Les dirigeants entendent-ils le message? Pas du tout.

Ta gueule !

Parlant du document rejeté, le premier ministre polonais, Donald Tusk, dit: «L’Europe trouvera un moyen de le faire entrer en vigueur.»

José Luis Zapatero, le premier ministre espagnol, déclare: «Il n’est pas possible que l’Irlande, avec tout le respect pour son choix démocratique, puisse stopper un projet si nécessaire.»

Bref, la voix du peuple ne doit servir qu’à consentir. Dans le cas contraire, elle ne compte pas.

Imaginez un gouvernement souverainiste québécois qui voudrait forcer l’indépendance après un NON référendaire.

Imaginez un gouvernement fédéraliste québécois qui voudrait signer la Constitution canadienne sans référendum ou après un NON majoritaire.

On impose aux Irlandais un autre référendum dès l’année suivante pour obtenir le résultat désiré.

Pour comprendre pourquoi les peuples se sentent floués par leurs dirigeants, il suffit de regarder les faits.