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Des policiers accusés d’avoir inventé des informations

Deux enquêteurs du SPVM auraient manœuvré pour obtenir indûment un mandat

Les policiers David Chartrand et Fayçal Djelidi ont été arrêtés jeudi par la division des affaires internes de la police de Montréal. Tous deux travaillent au Centre opérationnel sud du Service de police de la Ville de Montréal.
Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier Les policiers David Chartrand et Fayçal Djelidi ont été arrêtés jeudi par la division des affaires internes de la police de Montréal. Tous deux travaillent au Centre opérationnel sud du Service de police de la Ville de Montréal.

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Claudia Berthiaume et Félix Séguin
 
Le Journal de Montréal et Bureau d’enquête

 

Deux des quatre policiers de Montréal arrêtés jeudi auraient inventé des informations provenant de sources codées dans le but d’obtenir un mandat de perquisition.

Les enquêteurs Fayçal Djelidi, 39 ans, et David Chartrand, 36 ans, sont dans de beaux draps. Ils font tous deux face à des accusations de parjure et de tentative d’entrave à la justice, à la suite d’une enquête des affaires internes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Les deux policiers, comptant respectivement 16 et 11 ans de service, ont aussitôt été suspendus sans solde.

Le policier David Chartrand.
Photo Facebook
Le policier David Chartrand.

Services sexuels

Djelidi est aussi inculpé d’avoir sollicité et obtenu des services sexuels en échange d’argent ainsi que d’abus de confiance.

Le policier Fayçal Djelidi.
Photo courtoisie, Les actualités
Le policier Fayçal Djelidi.

Il semble qu’il affectionnait particulièrement les salons de massage érotique. Il y aurait été vu à des dizaines de reprises pendant l’enquête, dont au moins une fois sur ses heures de travail, selon nos sources.

Deux autres policiers ont été arrêtés jeudi, mais aucune accusation n’a encore été déposée contre eux.

Ce sont des mesures de sécurité mises en place à la suite des affaires Benoît Roberge et Ian Davidson qui ont permis de «lever un drapeau rouge» sur les agissements de ces quatre policiers en décembre 2015, a fait savoir le chef, Philippe Pichet, en conférence de presse, jeudi.

Rappels administratifs

La direction du SPVM dit avoir tenté en vain de corriger la situation en faisant des rappels administratifs.

«Quand on fait affaire avec des sources, on doit s’assurer que tout est consigné», s’est contenté de dire le directeur du SPVM, ajoutant «qu’aucun informateur n’était actuellement en danger».

Selon nos informations, les policiers arrêtés auraient rencontré des sources sans remplir un rapport officiel, ce qui est interdit. Dans le cas des enquêteurs Djelidi et Chartrand, ils auraient aussi bonifié des rapports avec des informations inventées.

On leur aurait d’abord demandé d’obtenir certaines confirmations pour faire autoriser un mandat de perquisition.

Toujours selon nos informations, il semble que cette commande aurait été un guet-apens pour piéger les policiers soupçonnés de pratiques douteuses.

Aucune enquête n’aurait été compromise par leurs agissements allégués.

«Personne n’est au-dessus des lois et les policiers ne font pas exception. Nous nous sentons tous concernés lorsqu’un des nôtres traverse la ligne», a insisté le chef.

Philippe Pichet, Chef du SPVM
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Philippe Pichet, Chef du SPVM

La frappe a eu l’effet d’une bombe au sein des troupes, selon nos informations. «Ça surprend énormément», a lancé un policier au Journal sous le couvert de l’anonymat.

«Je suis vraiment sur le cul, ça m’étonne», a confié une autre source policière. D’autres arrestations pourraient survenir dans les semaines à venir, d’après le directeur du SPVM. La Fraternité des policiers de Montréal a refusé de commenter.

— Avec la collaboration de Frédérique Giguère

Corps de police ébranlé par les controverses

Mario Lambert, sergent-détective

  • Appréhendé en 2009 pour avoir transmis des informations confidentielles à des criminels en utilisant illégalement un ordinateur du SPVM
  • Il a écopé d’une peine de 8 mois à purger dans la collectivité après avoir été reconnu coupable
  • Acquitté par la Cour d’appel

Ian Davidson, policier retraité

  • Il a dérobé une liste secrète renfermant les noms de 1500 informateurs de police, qu’il a tenté de vendre pour 1 M$ au crime organisé
  • Arrêté en 2011, il s’est enlevé la vie après que son identité eut été révélée

Charles Lavallée et Amir El-Alfy, policiers

  • Arrêtés en 2013
  • El-Alfy fait face à des accusations d’importation de stupéfiants, vol et recel, possession d’une arme prohibée et possession d’objet volé
  • Lavallée a plaidé coupable à des accusations de trafic de stéroïdes et de possession de haschich

Benoit Roberge, enquêteur vedette

  • Arrêté en 2013
  • Il a admis avoir touché 125 000 $ en échange d’informations sensibles aux motards
  • A écopé de 8 ans de prison

Costa Labos, inspecteur

  • Visé par une enquête criminelle en juin 2016
  • Il aurait menti dans le but d’obtenir un mandat de perquisition chez un policier qu’il soupçonnait de parler à des journalistes
  • Il fait face des allégations, mais aucune accusation

Jean Mustaky et Félix Bellevue, commandant et sergent-détective

  • Ils ont fait l’objet de vérifications de la part des Affaires internes relativement à l’empire immobilier de 25 M$ qu’ils ont bâti et exploité, révélait le Bureau d’enquête en mai 2016
  • Ils se retrouvent régulièrement devant la Régie du logement, en plus d’avoir des problèmes fiscaux, financiers et même légaux