/opinion/blogs
Navigation

Qui utilise(ra) Postes Canada?

JDQ_poste_canada_FR
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Un conflit de travail à Postes Canada semble inévitable. Cela privera les Canadiens de services postaux. Environ cinq années se sont écoulées depuis le dernier conflit de travail à Postes Canada. Qu’est-ce-qui a changé entre ces deux conflits? Pour le Canadien moyen, il n’y a eu aucun changement perceptible.

Ici comme ailleurs, l'industrie postale est en perte de vitesse en raison des changements technologiques. Depuis la fin des années 1990, les Canadiens ont délaissé progressivement le courrier traditionnel en faveur du courrier électronique. Ce phénomène de transition vers une alternative technologique supérieure a fait en sorte qu’au cours des dix dernières années, le volume de courrier au Canada a chuté de 24 %.

Ce changement a permis aux Canadiens d’être moins dépendants de Postes Canada, ce qui réduit le coût économique des conflits de travail au sein de la société d’État. Lors de la grève de 1975, le coût quotidien représentait 2% de l’activité économique quotidienne au Canada. En 1997, cette proportion était sensiblement similaire. Cependant, en 2011, cette proportion était de 0,5 %.

Il y a deux manières de répondre à ce défi. La première est celle utilisée par Postes Canada, la seconde est celle adoptée par plusieurs pays européens.

En dépit d’une baisse du volume de courrier, Postes Canada a été incapable de contrôler ses coûts, qui ont augmenté de 19 % par lettre depuis 2007. Pour redresser la situation, la société d’État a décidé d’accroître de 44 % le prix du timbre (en tenant compte de l’inflation). C’était la voie facile à prendre. Après tout, Postes Canada possède un monopole sur les lettres de moins de 500 grammes – soit la vaste majorité du marché canadien.

Ailleurs dans le monde, on s’est attaqué au défi des changements technologiques autrement. En 2011, à la veille du conflit de travail, je publiais avec l’Institut économique de Montréal une Note sur l’expérience étrangère dans le secteur postal. Je soulignais que l’Europe était sur le point d’entreprendre d’une ouverture complète du marché des lettres.

Le 1er janvier 2013, c’est devenu une réalité – il n’y a plus de monopole en Europe. En fait, plusieurs pays avaient été plus loin en privatisant partiellement ou entièrement leurs opérateurs postaux. À l’époque, le club des pays privatisés était composé de l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas. Dans ces pays, les dix années suivant la privatisation ont été marquées par une baisse soutenue des prix des lettres individuelles (entre 11 et 17 %). Depuis, ce club a grandi pour inclure la Belgique, l’île de Malte, le Portugal et le Royaume-Uni.

Selon les enquêtes internationales, le prix des lettres dans ces pays a diminué ou a augmenté plus modestement que dans les pays où les opérateurs postaux sont des entreprises d’État. Et ces enquêtes ne tiennent pas compte des prix pour les envois de masse, pour lesquels il y a une forte concurrence. Dans tous ces pays, les pressions concurrentielles sont fortes et l’adaptation aux changements technologiques s’est effectuée par l’innovation dans les pratiques et le contrôle des coûts. Et il convient de noter que l’expérience européenne est loin de représenter un cas idéal. Plusieurs réglementations sur les prix demeurent en vigueur et il existe des obligations de service uniforme dans plusieurs pays. Sans ces règles, les prix auraient probablement diminué encore plus dans les grands centres urbains et les régions densément peuplées. Certes, les gens en régions éloignées - avec une libéralisation complète - verraient les prix augmenter. Cependant, il vaut bien mieux avoir les bénéfices de la concurrence pour la vaste majorité de la population et compenser les perdants par des mesures précises afin d'assurer ce service essentiel. 

Les Canadiens ressentiront relativement peu les effets du conflit à Postes Canada, parce que la poste traditionnelle est une technologie beaucoup moins importantes qu’il y a quelques décennies. Toutefois, le cas européen montre qu’il est possible pour les opérateurs postaux de s’adapter, à la condition que le marché soit ouvert à la concurrence et que la société d’État soit privatisée.