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En colère contre la petite maison blanche

Les familles endeuillées de la Côte-Nord se sont senties abandonnées, alors que le déluge y a fait plus de victimes qu’au Saguenay

Lors du déluge, Thérèse Gagnon a perdu sa fille Carole, qui était enceinte, son gendre Éloi Méthot et sa petite-fille de 18 mois, Joanie.
Photo Emy-Jane Dery Lors du déluge, Thérèse Gagnon a perdu sa fille Carole, qui était enceinte, son gendre Éloi Méthot et sa petite-fille de 18 mois, Joanie.

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Toujours bouleversés par le décès tragique de quatre membres de leur famille, des gens de la Côte-Nord gardent un goût amer envers les Saguenéens et la petite maison blanche.

«J’ai trouvé ça terrible. Chaque fois qu’on montre des images du déluge, ils ne parlent pas de la mortalité sur la Côte-Nord. Ils vont montrer leur petite maison blanche. C’est juste ça et ça m’a tellement écœurée. La petite maison blanche qui est restée debout. Il me semble qu’on devrait plutôt dire qu’il y a des gens qui ont perdu la vie. La maison blanche... Ça se bâtit une maison, mais lorsque la personne est morte, tu ne peux plus la faire revenir», souligne, la gorge nouée par la tristesse, Thérèse Gagnon.

Lors du déluge, sa fille Carole Gagnon, qui était enceinte, revenait du chalet familial situé au Nouveau-Brunswick en compagnie de son mari Éloi Méthot et de leur fille de 18 mois, Joanie.

Dernières vacances

Lors du déluge, Thérèse Gagnon a perdu sa fille Carole, qui était enceinte, son gendre Éloi Méthot et sa petite-fille de 18 mois, Joanie.
Photo courtoisie

C’est durant ces deux semaines que la grande famille Gagnon a été réunie pour la dernière fois. «On a eu tellement de plaisir», se rappelle Thérè­se. Éloi et Carole avaient décidé de rentrer à Sept-Îles deux jours plus tôt que prévu. «Ils étaient censés remonter le lundi, mais ils ont décidé de partir le vendredi. Il faisait beau», se rappelle la dame. C’est en route que le temps s’est gâté.

Ils avaient réussi à embarquer sur le traversier Matane-Godbout qui a accosté à Baie-Comeau à cause de la tempête. «Tous les autres bateaux n’avaient pas traversé à cause du mauvais temps sauf celui-là», relate Mme Gagnon.

Lors du déluge, Thérèse Gagnon a perdu sa fille Carole, qui était enceinte, son gendre Éloi Méthot et sa petite-fille de 18 mois, Joanie.
Photo d'archives

Les jours précédents, il était tombé 144 mm de pluie, ce qui avait fait déborder la rivière Petite-Trinité. La pression de l’eau était tellement forte que la route 138 s’était affaissée à six endroits.

En débarquant du traversier, ils ont pris la route vers Sept-Îles et ils n’ont jamais vu la crevasse devant eux. Ils y ont plongé et ils sont morts sur le coup, transpercés par des arbres.

«Dès qu’on l’a appris, nous sommes allés sur place. Ils venaient de sortir les corps», expli­que-t-elle, la voix tremblante. «C’est dur, c’était la seule fille que j’avais.»

Anéantie

La famille d’Éloi ne s’est jamais remise non plus de son départ soudain. La sœur du défunt a confié au Journal que l’événement a été terrible, principalement pour le père du garçon. «C’était le bras droit de mon père», souligne Marguerite Méthot Landry.

 

Le déluge... ailleurs qu’au Saguenay

Charlevoix

C’est dans Charlevoix que le premier événement malheureux lié à la crue des eaux a été signalé. Dès le début du déluge, une route de Saint-Siméon a été inondée et s’est érodée sur une longueur de 90 à 120 mètres. À Saint-Fidèle, un glissement de terrain a forcé la fermeture d’une partie de la route; 138 600 évacuations ont été ordonnées, les liens routiers menant à la Côte-Nord étaient endommagés.

Sur la Côte-Nord

Les ruisseaux de la rivière Petite-Trinité débordaient. La route 138 s’était affaissée à plus de six endroits en moins d’une heure, entre Baie-Trinité et Rivière-Pentecôte. Des voitures avaient plongé dans les crevasses. Trois membres d’une famille ainsi qu’un conducteur ont perdu la vie dans un ravin. Une femme est morte à Rivière-Pentecôte en tentant de porter secours aux gens pris dans ces crevasses.

À Batture aux Alouettes

Guy Bégin, 45 ans, Hélène Racine, 48 ans et son conjoint, Denis Samson, 45 ans, sont morts noyés dans le Saint-Laurent. Le voilier dans lequel ils prenaient place s’était échoué près de Tadoussac, après des conditions météorologiques difficiles.

Au Lac-Saint-Jean

La municipalité d’Hébertville a été la plus touchée. La Belle Rivière s’était créé une nouvelle voie à travers le quartier, inondant maisons, chalets et ponts. Des glissements de terrain majeurs ont forcé l’évacuation de 85 résidents.