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Sentiment d’impuissance devant la mort de deux enfants

Lorsque la digue de la rivière Ha! Ha! a cédé, l’eau a tout emporté dans La Baie

C’est en fin de journée, le 20 juillet 1996, que le pire s’est produit à La Baie, lorsque la digue des Ha! Ha! a cédé. Les commerces, les maisons, les voitures, l’eau a tout emporté. «Tu regardes ça et tu n’y crois pas», raconte, ému, l’ex-maire Claude Richard.
Photos Annie T. Roussel C’est en fin de journée, le 20 juillet 1996, que le pire s’est produit à La Baie, lorsque la digue des Ha! Ha! a cédé. Les commerces, les maisons, les voitures, l’eau a tout emporté. «Tu regardes ça et tu n’y crois pas», raconte, ému, l’ex-maire Claude Richard.

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Nicolas Lachance et Kathryne Lamontagne

Le Journal de Québec

 

L’ex-maire Claude Richard et l’ancien chef de police Denis Saintonge resteront marqués à jamais par le déluge, qui a tué deux enfants en plus de défigurer le cœur de La Baie.

«Claude Richard, c’est notre Colette Roy-Laroche [ex-mairesse de Lac-Mégantic]. Ç’a été un bon leader dans la municipalité», lance sans hésiter Guylaine Simard, directrice générale du Musée du Fjord à La Baie.

Le Journal a pu s’entretenir avec l’ancien élu, qui a accordé sa première entrevue en 10 ans. «Ça passe encore dur», avoue le principal intéressé, assis devant des centaines d’articles de journaux concernant cette tragédie. Il les collectionne depuis 20 ans. «Je regarde ça et je suis ému», admet-il.

Lorsque la pluie a commencé, le 19 juillet 1996, Claude Richard assistait à une représentation de La fabuleuse histoire d’un Royaume. À la fin du spectacle, un citoyen l’a informé que le sous-sol du lieu où il se trouvait était inondé. Un ruisseau avait débordé, mais rien n’annonçait le pire. Il est allé se coucher.

Sur le Qui-vive

Sur le qui-vive depuis la veille, l’ex-chef de police Denis Saintonge n’a pas eu cette chance. «Ils m’ont appelé en pleine nuit. Je suis allé au poste. J’en suis ressorti six jours plus tard», se souvient-il.

Ce n’est qu’au petit matin que le maire Richard a pris connaissance de la situation. Heureusement, le plan d’urgence avait été déployé. «L’inondation avait commencé à 4 h du matin, mais personne ne m’avait averti. J’ai sauté dans mes culottes et je suis allé à l’hôtel de ville», raconte-t-il.

La digue cède

Le drame n’en était qu’à ses débuts. C’est en fin de journée que le pire s’est produit, lorsque la digue des Ha! Ha! a cédé. «Le problème, c’était la rivière Ha! Ha! Dans le bas de la ville, elle virait à 90 degrés parce qu’il y avait eu du remplissage au début du siècle. Lorsque le coup d’eau est arrivé, la rivière a repris son cours. Le lac s’est vidé.»

Les commerces, les maisons, les voitures, l’eau a tout emporté dans la baie. «Tu regardes ça et tu n’y crois pas», raconte, ému, M. Richard.

Impuissant

C’est un «grand sentiment d’impuissance» qui habite aujourd’hui l’ancien policier Saintonge, particulièrement lorsqu’il repense aux deux petites victimes du glissement de terrain.

«J’étais sur la ligne de feu. J’ai vu la réaction de mon personnel à l’époque. J’ai vu des policiers, des pompiers, avec des pelles ou leurs mains, creuser pour essayer de retrouver ces enfants-là», se souvient celui qui, à l’époque, priait pratiquement pour que la pluie cesse.

Mathieu Paquet-Garceau, l'une des deux jeunes victimes du glissement de terrain.
Photo d'archives
Mathieu Paquet-Garceau, l'une des deux jeunes victimes du glissement de terrain.

 

Andréa Paquet-Garceau, l'une des deux jeunes victimes du glissement de terrain.
Photo d'archives
Andréa Paquet-Garceau, l'une des deux jeunes victimes du glissement de terrain.

Glissement mortel évitable

Le glissement de terrain sur la rue Henri-McNicoll, à La Baie, qui a tué les jeunes Andréa et Mathieu Paquet-Garceau qui dormaient paisiblement au sous-sol de leur maison aurait pu être évité.

L’incident mortel est survenu tôt le matin du 20 juillet 1996. Le rapport du coroner Gilles Perron concernant ces décès est très critique envers l’administration la Ville de La Baie. «Ces décès auraient pu être évités si les dispositions du règlement municipal, alors en vigueur à Ville La Baie de 1984 à 1991, avaient été appliquées avec plus de rigueur, en toute connaissance de cause», soutient le document de 80 pages.

«Neuf permis de construction ont été délivrés dans la zone 115, et un autre en 1993 dans la zone 118, sans qu’on ait en main l’étude géotechnique d’un ingénieur démontrant l’absence de danger.»

La preuve émise par le coroner démontre que la ville était propriétaire, développeur, promoteur et vendeur des terrains de cette zone, et qu’elle devait s’appliquer à elle-même ses propres règlements.

Défense

Claude Richard a été maire de La Baie de 1988 à 1997. Surpris par les écrits du coroner qu’il n’a jamais lus, il assure «qu’il n’y avait rien à l’encontre des plans d’urbanisme» au moment de la délivrance des permis.

Selon lui, les constructions ne devaient pas toucher à la montagne, mais cette exigence n’aurait pas été respectée par les propriétaires.

«Tu pouvais te construire, mais tu ne pouvais pas empiéter sur la pente. Mais, il y a des personnes qui ont construit et qui ont agrandi leur terrain, qui a coupé le bas de la pente.»

La Ville n’a pas inspecté? «Pas nécessairement, admet le maire. Notre plan directeur de l’urbanisme nous permettait de construire. Les études avaient été faites», signale l’ex-maire, contrairement à ce qu’avance le rapport du coroner.

Plus maintenant

De son côté, le maire actuel, Jean Tremblay, concède que les permis de construire n’auraient jamais dû être accordés.

«Il n’aurait pas dû donner ces permis-là. La ville est bâtie dans des montagnes. On a fait l’inventaire des terrains qui étaient à risque et on les suit de plus prêts», assure le maire.