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Le déluge 20 ans plus tard: une carte des zones inondables à refaire

Manon Perron et Jasmin Tremblay nous identifie jusqu’au l’eau est monte en 1996 lors du déluge.
Photo Le Journal de Québec, Annie T Roussel Manon Perron et Jasmin Tremblay nous identifie jusqu’au l’eau est monte en 1996 lors du déluge.

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Faute de financement, la Ville de Saguenay doit attendre avant de mettre à jour sa carte désuète des zones habitables inondables de la rivière Chicoutimi, ce qui préoccupe l’administration municipale et l’Organisme du bassin versant.

La cote de crue de la rivière Chicoutimi est à refaire, a appris Le Journal. À la suite du déluge du Saguenay, le Centre d’expertise hydrique de Québec a planché sur plusieurs nouvelles cartes, mais ce secteur n’aurait jamais été refait.

Dans un document de l’Organisme du bassin versant du Saguenay datant de 2014, il est indiqué que le service d’aménagement du territoire de la Ville de Saguenay est préoccupé par l’absence d’une carte moderne de la zone habitable inondable de la rivière Chicoutimi.

Plus de deux ans après cette note, rien n’a encore été fait pour mettre à jour cette carte.

«C’est un dossier où il n’y a pas de porteur de ballon. On se renvoie la balle», explique Lisane Gamache, chargée de projet du plan directeur des eaux de l’organisme.

«La cartographie des zones inondables avait été prise en charge par le Centre d’expertise hydrique de Québec. Depuis 1996, le centre avait refait de nombreuses cartes. Il y a des portions de rivière qui restaient à faire», relate la dame.

Pourtant, les services de génie et d’urbanisme de la Ville de Saguenay avaient bel et bien souligné leur inquiétude lors d’une rencontre, explique l’organisme.

Les événements de 1996 ont modifié le lit de la rivière. Or, les précédentes cartes des zones inondables où des citoyens résidents seraient obsolètes.

Manque d’argent

Cependant, 20 ans après le déluge, le financement semble de plus en plus difficile pour apporter des améliorations.

«Il y aurait moyen de faire mieux. Ce sont des coûts énormes. On est dans une meilleure position qu’on était, mais ça ne veut pas dire qu’on est dans une position parfaite», affirme le maire de Saguenay, Jean Tremblay

Il soutient également que des gens prennent des risques en s’installant dans des zones inondables, mais pour plusieurs, il s’agit de droits acquis il y a très longtemps.

«C’est certain qu’il s’était construit des maisons en bordure de l’eau il y a 50 ans. Ces maisons-là, elles restent là. Il y a des rivières qui sont appelées à être inondées. Ils le savent», illustre le maire, assurant qu’aujourd’hui l’administration était beaucoup plus vigilante. «Le débit des rivières est en observation constante.»

Étude du chercheur Pierre Valois de l’Université Laval financée par le Fonds vert

Ne savaient pas qu'ils vivent en zone inondable

  • Grand Québec : 23 %
  • Saguenay : 12 %

Les gens qui ont déjà été inondés et qui croient que les risques d'une récidive sont nuls

  • Grand Québec : 14 %
  • Saguenay : 21,5 %

« Il y a encore beaucoup de travail d'éducation à faire », dit l'expert

Neuf ans pour retrouver une vie paisible

Même si leur maison a été complètement inondée et qu’ils ont vu la demeure de leur voisin être arrachée, les membres d’une famille de Jonquière ont décidé de tout rénover, continuant à vivre dans la zone inondable.

«On venait déjà de rénover et hop! on passe à l’eau», se rappelle Jasmin Tremblay qui vit toujours avec sa femme, Manon Perron, et ses enfants dans la rue du Cran-Serré, à quelques mètres de la rivière aux Sables. Devant chez eux, en souvenir du déluge, il y a un poteau électrique sur lequel on peut encore voir jusqu’à quelle hauteur la rivière était sortie de son lit.

Mme Perron se rappelle également qu’ils n’ont eu que 15 minutes pour sortir de la maison. «On pensait qu’ils étaient malades de nous évacuer. Je suis toujours restée dans cette rue-là et jamais l’eau n’était montée.»

Après être allés porter les enfants en sécurité au centre-ville, elle et Jasmin sont revenus sur les lieux. Incroyable, mais vrai, la maison était déjà submergée. «On capotait», indique-t-elle.

«Les souvenirs, les meubles... on a tout perdu. L’eau s’est arrêtée tout juste avant le deuxième étage», dit-elle. La maison de son oncle, qui était aussi son voisin, n’a pas résisté à la force du torrent.

Pendant trois mois, ils ont résidé dans un refuge. «J’avais un bébé de quatre mois, c’était mon cinquième», dit-elle.

Rénovations

De retour chez eux, ils ont arraché tous les murs et recommencé à zéro. Les travaux ont coûté plus de 100 000 $.

Durant longtemps, les membres de la famille ont fait des cauchemars. «On rêvait qu’on était dans l’eau, qu’on se noyait», raconte la dame.

Puis, de nombreux travaux ont été faits sur la rivière aux Sables, ce qui a rassuré la famille. Néanmoins, il aura fallu au minimum neuf ans avant qu’ils puissent retrouver une vie paisible, loin des travaux de dynamitage et de rénovation.