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Apprendre de la catastrophe

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Il y a 20 ans, le déluge.

Dans ma municipalité de Métabetchouan, nous n’avons pas connu la destruction qui s’est abattue sur le Saguenay. Les dégâts sont surtout survenus dans des routes rurales, vers les montagnes.

N’empêche, cette fin de semaine funeste a laissé des traces autrement plus brutales et déchirantes sur le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Jamais je n’oublierai le mélange d’hébétude et de désolation ressenti devant l’embranchement d’une route arrachée par ce qui est déjà redevenu un petit ruisseau dans le fond d’une coulée.

Inscrit dans l’identité

Le déluge a marqué la région et détruit des maisons qui ne furent jamais rebâties. Plus encore, il s’est inscrit dans l’identité des Saguenéens, nouvel épisode d’un récit collectif où la catastrophe fait souvent figure de jalon.

Les routes, elles ont été réparées, les digues ont été refermées. À coup de décrets politiques obtenus par deux élus puissants tels que Lucien Bouchard et Jacques Brassard.

Surtout, le désastre de juillet 1996 semble avoir ouvert la porte au développement d’une expertise bien québécoise en gestion de crise.

Qu’il s’agisse du verglas, du rapatriement de nos ressortissants après le tremblement de terre haïtien ou de la tragédie de Lac-Mégantic, tant les premiers répondants que les autorités compétentes ont réagi de manière admirable.

Certes, les interventions d’urgence, les refuges de sinistrés, les aides financières et les décrets de reconstruction ne rendent pas les édifices perdus et encore moins les êtres chers fauchés. Mais nous pouvons collectivement contribuer à amoindrir les chocs et à permettre une remise sur pied plus rapide.

Chaque fois, les Québécois, souvent décrits comme peu enclins à mettre la main dans leur poche, se montrent généreux et solidaires dans la douleur. Du point de vue des populations touchées, cet amour fait toujours énormément de bien, n’en doutez jamais.

Tirer des enseignements

Nous ne pouvons, à travers nos gouvernements, effacer toutes les marques d’une catastrophe, donc, mais il y a un autre élément auquel nos interventions d’urgence doivent servir.

Il s’agit d’éviter qu’elles ne se multiplient ou qu’elles ne se reproduisent à nouveau.

Ici, c’est plus problématique. Le déraillement de Mégantic a notamment été causé par une réglementation déjà bancale, appliquée mollement. On ne sent pas que les choses ont bougé depuis lors.

Les défenseurs de la liberté d’affaires sont toujours là pour dire qu’il est dans l’intérêt des industries de s’autoréguler, justement pour ne pas se mettre dans les frais. L’expérience démontre que ça n’arrive pas comme ça.

Le souci, c’est que nous ne sommes pas à la table, quand les contrats de transports ou d’énergie sont signés. C’est au gouvernement de représenter l’intérêt des populations.

Encore cette année, les riverains du Lac-Saint-Jean doivent se mobiliser, alors que le BAPE doit revoir les conditions de gestion du plan d’eau accordée à Rio Tinto. On en est encore là.

Afin d’éviter d’autres déluges, il serait plus que temps que nos gouvernements prennent leurs responsabilités.