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La démocratie culturelle

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J’ai assisté lundi dernier à la première de la pièce L’Emmerdeur, de Francis Veber, à la maison des arts de Drummondville, dans une mise en scène de Normand Chouinard, avec Marcel Leboeuf et Normand d’Amours. C’était... franchement réjouissant.

Certes, il ne s’agissait pas réinventer la roue ou les règles de l’art, mais d’offrir à un public qui en redemandait un franc divertissement sans arrière-pensée. Du gros fun, avec un public qui parlait pendant la pièce en commentant ce qui se passait sur scène.

Ça m’a fait penser au film Amadeus, de Milos­­ Forman. On y voit Mozart donner un opéra à la cour de l’empereur Joseph II, devant un parterre empesé de nobles qui semblent tous souffrir d’une forme bénigne de constipation. Applaudissements polis, peur d’exprimer son appréciation, souci de calquer son opinion sur celle du monarque...

Par ailleurs, Mozart offrait également ses «divertissements» sur une scène populaire pour un public de manants, qui rit, qui crie, qui réagit, hurle de joie ou manifeste bruyamment son mécontentement. Et Mozart­­ qui s’éclate, parce que la musique (la littérature, le théâtre, le cinéma), c’est aussi fait pour s’éclater.

Une offre variée

Or, depuis plusieurs années, j’ai l’impression que la portée de l’offre en culture s’est considérablement rétrécie. J’ai l’impression d’une offre culturelle qui s’est effritée des deux bords, pour se concentrer au milieu. Jadis­­, à la télévision de Radio-Canada, il y avait les Démons du midi ET Les Beaux dimanches. Maintenant il y a Les Échangistes et Tout le monde en parle, c’est à dire sensiblement la même chose pour le même public.

Offrir une pièce comme L’Emmerdeur devient alors une sorte d’exception québécoise, qui fonctionne à plein hors de Montréal en se tenant loin de l’intelligentsia pour s’éviter les baffes.

C’est vrai aussi en littérature, quand des auteurs populaires comme Louise Tremblay ou Michel d’Essiambre, ou des auteurs exigeants comme Judy Quinn ou Michael Delisle­­ existent à peine dans les pages culturelles des journaux.

On assiste donc à une double bouderie de la part des deux parties qui se sentent lésées­­. Les cinéphiles boudent parce que Les 3 P’tits cochons 2 font courir les foules. C’est qu’ils considèrent que le cinéma expérimental n’a pas assez de place chez nos subventionneurs et sur nos écrans.

Et les non-cinéphiles boudent parce qu’ils considèrent qu’il n’y a pas assez de cinéma populaire sur nos écrans et qu’on subventionne des films qui n’attirent personne.

Mais la culture, ce n’est pas seulement le théâtre expérimental, mais c’est le théâtre expérimental aussi.

Mais la culture, ce n’est pas juste ce qui fait courir les foules, mais c’est ce qui fait courir les foules aussi.

Quand on essaye de plaire à tous et de ne déplaire à personne, on se condamne à une sorte de compromis existentiel qui fait qu’on ne va nulle part à fond et partout en surface. C’est vrai pour la farce comme pour le drame. C’est la variété qui est menacée.

En offrir pour tous les goûts, c’est aussi ça, la démocratie.