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Que devient la professeure Homa Hoodfar détenue en Iran?

Homa Hoodfar
PHOTO COURTOISIE/FAMILLE DE HOMA HOODFAR Homa Hoodfar

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MONTRÉAL – Le Barreau du Québec et Avocats sans frontières offrent leurs services en appui à la défense de la professeure de l’Université Concordia Homa Hoodfar, toujours détenue en Iran sous des accusations imprécises et dans des conditions inconnues.

Les deux organisations se disent inquiètent et pressent le gouvernement iranien de respecter les principes fondamentaux des Nations Unies, ce qui implique de permettre à la professeure montréalaise d’être représentée par un avocat de son choix et de lui communiquer les motifs de sa détention.

«Nous voulons que la professeure Hoodfar et ses proches sachent qu'ils bénéficient de notre appui», a déclaré la bâtonnière du Québec, Claudia P. Prémont.

La nature de l’aide pourrait prendre différentes formes, mais il ne s’agit pas d’envoyer un avocat du Québec en Iran.

«Seuls les avocats iraniens peuvent plaider devant le tribunal de ce pays», a insisté Philippe Tremblay, conseiller juridique pour Avocat sans frontières Canada (ASFC).

Il serait toutefois possible de travailler en amont en effectuant des recherches, en documentant ou en exerçant des pressions.

«On pourrait faire du lobby devant les Nations Unies, au Conseil des droits de l’homme ou donner un appui aux avocats de Mme Hoodfar», a ajouté M. Tremblay en entrevue à l’Agence QMI.

Un bon citoyen

Selon lui, l’Iran ne peut être insensible aux pressions d’autant que ce gouvernement tente un retour dans les cercles internationaux.

«On part de la prémisse que l’Iran exprime la volonté de reprendre sa place dans le concert des nations et d’occuper un espace normalisé pour reprendre le commerce, mais pour jouer ce jeu, il faut aussi démontrer qu’on est un bon citoyen international», a exprimé M. Tremblay.

Mme Hoodfar est détenue depuis plus d’un mois et demi. Si la situation est préoccupante, le ton utilisé pour exercer un poids diplomatique et réclamer plus de transparence de la part à l’Iran reste posé. La prudence est de mise afin de ne pas mettre en danger la sécurité de la professeure de sociologie et d’anthropologie dont on ne connaît pas les conditions de détention.

«Nous voulons surtout éviter de causer du tort. Nous avons pris soin d’utiliser un langage le plus constructif possible, d’autant que nous ignorons plusieurs choses et nous n’avons pas suffisamment d’éléments pour poser un jugement arrêté sur la situation», a renchéri Philippe Tremblay.

La difficulté de connaître les accusations portées contre la professeure et les contraintes imposées ne sont pas de bons présages, estime le directeur général d'ASFC.

«L'opacité qui entoure l'affaire et le traitement réservé à la professeure Hoodfar jusqu'à maintenant rappellent au Canada de mauvais souvenirs», a souligné Me Pascal Paradis.

Cette situation n’est pas sans rappeler celle de la photographe montréalaise Zhara Kazemi, il y a 13 ans déjà.

Un cas précédent

«Mme Kazemi, une autre citoyenne canadienne d’origine iranienne, a été emprisonnée dans la même prison que Mme Hoodfar», a mentionné M. Tremblay.

La photographe canadienne Zahra Kazemi n’est toutefois pas sortie vivante de la prison d’Evin. Elle y est décédée en 2003, à l’âge de 54 ans. Sa détention avait fait grand bruit et soulevé un concert de dénonciations de la part d’Amnistie internationale et de Reporters sans frontières, notamment. Son fils, Stephan Hashemi, de Montréal, a maintes fois réclamé justice.

Selon les informations parcellaires reçues à ce jour, Homa Hoodfar été arrêtée le 6 juin alors qu’elle menait des recherches historiques, en Iran, en lien avec son travail d'anthropologue. Les agents du service de contre-espionnage des Gardiens de la révolution islamique ont saisi plusieurs objets personnels de la professeure Hoodfar, ses passeports, des papiers et son ordinateur.

Les proches de la professeure s’inquiétaient pour sa santé et ont réussi à lui faire parvenir des médicaments, mais ils n’ont reçu aucune confirmation à savoir si ceux-ci ont été bien livrés et remis.