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Qui porte le fardeau de la réglementation?

Situation Comptes
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Depuis un certain nombre d’années, le sujet des inégalités est sur les lèvres de plusieurs. Selon certains, toutes les inégalités sont mauvaises et doivent être éliminées. Je n’ai jamais été de cet avis. Il y a des inégalités sur lesquelles on ne peut rien dire. Par exemple, si une personne choisit un métier particulier qui offre une rémunération moins importante que celle d’un autre métier, il y a une inégalité mais il est difficile de la dénoncer.

Cependant, il y a des inégalités qu’on peut facilement dénoncer – à gauche comme à droite. Par exemple, octroyer un monopole à une compagnie plutôt que de laisser le jeu de la concurrence opérer revient à assurer des profits faramineux au propriétaire de la compagnie monopolistique.

Il y a un nouvel exemple dont on peut se servir et qui pourra réunir à gauche comme à droite.

Les économistes Dustin Chambers et Courtney Collins ont étudié l’effet des réglementations sur les prix des produits de plusieurs dizaines d’industries aux États-Unis. Quel était leur objectif? Savoir quelles sont les familles qui assument le fardeau de la croissance de la réglementation aux États-Unis depuis les années 1990.

En utilisant un indice de la réglementation construit à partir du concept des «nuages de mot», ils peuvent évaluer l’évolution des restrictions imposées, aux États-Unis, par le Code of Federal Regulations. En liant chacune des industries avec les indices de prix, ils peuvent déterminer l’effet de la réglementation sur les prix. Ensuite, en utilisant ces informations avec les enquêtes fédérales sur les dépenses des ménages américains, ils peuvent mesurer l’effet sur le panier de consommation en fonction des dépenses de chaque ménage. Par exemple, si les réglementations augmentent plus lourdement le prix du logement que le prix des services de transport, les ménages seront plus lourdement affectés. Pourquoi? Parce que les ménages plus pauvres ont tendance à allouer une portion plus significative de leurs dépenses aux fins du logement que les ménages plus aisés. Quant à eux, les ménages plus riches attribuent une portion plus importante de leurs dépenses aux services de transport que les plus pauvres.

Le but de Chambers et Collins vise à se servir des enquêtes sur les dépenses afin de bien mesurer la distribution des coûts de la réglementation.

Leurs résultats sont assez clairs. Les réglementations aux États-Unis augmentent les prix: pour chaque augmentation de 10 % de la sévérité des réglementations, les prix augmentent de 0,687 %. On parle ici de l’effet sur l’ensemble des industries. En sous-divisant afin de voir l’effet industrie par industrie, Chambers et Collins remarquent que les industries dont les prix augmentent le plus sont aussi celles qui produisent les biens que les pauvres consomment le plus. Ils clament que le fardeau de la réglementation, portée largement par les plus pauvres, explique très bien le fait que le 20 % le plus pauvre des ménages américains subit un taux d’inflation annuel de 2,46 % comparativement à 2,08 % pour le 20 % le plus riche des ménages américains.

Très fréquemment, je souligne que les chevaliers de la redistribution sont tellement anxieux de chevaucher vers les moulins de l’inégalité qu’ils oublient de considérer l’option que des actions gouvernementales passées devraient porter une partie du blâme.