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Graffitis: et si la tolérance enrayait le problème?

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S’ils sont généralement mal aimés par les villes et les autorités, les graffitis colorent pourtant les paysages urbains du monde entier et font même tomber en pâmoison plusieurs touristes venus spécifiquement pour les admirer.

C’est le cas à Miami dans le quartier Wynwood, un lieu autrefois malfamé qui est devenu aujourd’hui l’une des capitales mondiales de l’art.

Lors du passage du Journal dans Wynwood, des centaines de touristes sillonnaient les rues du quartier, qui a connu une véritable renaissance grâce aux oeuvres des graffeurs.

Wynwood doit aussi son succès à Tony Goldman, un promoteur immobilier visionnaire également à l’origine de la renaissance de Soho et de Stone Street à New York ou encore du centre-ville de Philadelphie. Sa recette? La mise en valeur de l’art et de l’architecture moderne ainsi que la multiplication des lieux de rencontres comme les bistros et les cafés.

Autrefois, les entrepôts abandonnés avaient déjà commencé à être occupés par les artistes qui en ont fait des lieux de création.

En rendant légaux les graffitis sur son territoire, Wynwood a attiré des artistes réputés venus des quatre coins du monde. Aujourd’hui, le quartier compte plus de 70 galeries, cinq musées, cinq festivals et une multitude de bonnes tables, cafés et boutiques.

Le manque de murs légaux en cause?

Le Journal rapportait mercredi que le nombre de graffitis a quadruplé depuis 2012 dans la Vieille Capitale. Selon le muraliste Phelipe Soldevila, ces statistiques riment notamment avec le démantèlement des bretelles inutiles de l’autoroute Dufferin-Montmorency.

À l’époque, les graffeurs et muralistes pouvaient exercer leur art en toute quiétude dans ce lieu, avec la bénédiction du ministère des Transports. C’est le groupe Contact Graffiti qui avait convaincu le MTQ d’autoriser les graffitis et les murales dans cette «Graffzone» inaugurée en 1996 et parrainée par le Service de police.

Depuis la destruction, les artistes n’ont plus aucun lieu «légal» où s’exprimer, sauf les concours ou autres commandes de la Ville ou du gouvernement, par exemple.

Phelipe Soldevila a fait deux mois de bénévolat pour créer cette murale.
Photo: Marie-Renée Grondin
Phelipe Soldevila a fait deux mois de bénévolat pour créer cette murale.

Cette lacune pourrait avoir alimenté la recrudescence de tags indésirables sur les différents bâtiments de la Ville et sur les propriétés privées.

Cette hypothèse est aussi appuyée par le graffeur Louis-David Létourneau-Gagnon qui s’est chargé, entre autres, de la décoration du piano public de Limoilou. Dans une entrevue accordée à Monlimoilou.com, l’artiste a indiqué que le meilleur moyen d’enrayer le vandalisme est, selon lui, de mettre des murs légaux à la disposition des artistes.

M. Létourneau-Gagnon a entre autres cité l’exemple à succès de la Boutique du Skate sur la 3e Avenue à Limoilou. La façade arrière du commerce était recouverte de tags. Avec l’approbation du propriétaire de l’immeuble, sept artistes ont créé une murale, ce qui a fait disparaître le vandalisme sur les murs.

Le même phénomène s’est produit à place d’Youville où une murale recouvrait le mur bétonné d’un stationnement. Depuis que le mur a été repeint, de nombreux tags ont fait leur apparition.

«Il y a une loi non écrite qui dit que si tu es capable de faire mieux, vas-y. Sinon, abstiens-toi. Il y a beaucoup de respect dans le milieu. Ceux qui ne respectent pas le travail des autres, ce ne sont pas des habitués», illustre M. Soldevila.

Comme le rapportait Le Journal jeudi, la Ville de Gatineau a gagné en autorisant, au tournant des années 2000, plusieurs murs légaux sur son territoire. Les plaintes liées aux graffitis ont depuis chuté de 60 %.

Le même phénomène s’est produit à Chicoutimi en 2008, alors que l’arrondissement recevait de nombreuses plaintes en raison des graffitis. La Ville de Saguenay a donc mis à la disposition des artistes des murs autorisés grâce au projet Art Pression du Local jeune centre-ville.

Leurs ateliers d’expérimentation, mais aussi de sensibilisation, ont permis «une réduction importante du vandalisme», a noté le responsable du projet, Carl Poulin.

Célébrer l’art

Parallèlement, le Festival Art Pression a vu le jour à Chicoutimi dans le but d’offrir une solution aux méfaits publics. Malheureusement, le festival n’est pas reconduit cette année, car il a été, en quelque sorte, victime de son propre succès. En effet, l’arrondissement de Chicoutimi n’a reçu qu’une seule plainte relativement aux graffitis cette année.

«Il n’y a presque plus de vandalisme à Chicoutimi. Les budgets alloués par la ville auparavant ont donc fondu et nous avons dû renoncer au festival cette année», a indiqué avec regret M. Poulin.

À Sherbrooke, le Festival d’art urbain Amalgalm est aussi né dans un contexte d’augmentation du vandalisme.

«La Ville avait injecté de l’argent dans la répression, mais ça n’a pas eu les effets escomptés. Un comité a ensuite été mis sur pied et a choisi d’opter pour une solution plus positive en permettant des murs légaux. Aujourd’hui, la Ville prévoit des sommes dans son budget pour la création de murales», se réjouit le cofondateur du festival, Vincent Cloutier.

Son événement, financé par la Ville de Sherbrooke, a pour pour d’impliquer la communauté.

«Plusieurs organismes sont partenaires de notre festival. Notre but est d’impliquer les gens de la communauté. C’est rassembleur et ça inspire les jeunes tout en les motivant à pousser leur art», indique M. Cloutier.

Phelipe Soldevila croit que Québec gagnerait à avoir son festival de graffitis d’autant plus que la ville regorge d’endroits où un tel événement pourrait avoir beaucoup de succès.

En plus de l’Îlot-Fleurie, il cite en exemple les échangeurs de l’autoroute Dufferin-Montmorency sur la Canardière, les murets tout près du palais de justice de Québec ou encore ceux aux abords de la piste cyclable tout près des terrains du CN. Ne manque plus que le sceau d’approbation de la ville. 

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