/news/transports
Navigation

Parmi les moins efficaces

Un rapport écorche l’aéroport Jean-Lesage de Québec qui fait fuir des transporteurs par ses frais élevés

Les travaux de 277 millions de dollars devraient être terminés en 2018.
Photo Pierre-Olivier Fortin Les travaux de 277 millions de dollars devraient être terminés en 2018.

Coup d'oeil sur cet article

L’aéroport de Québec, classé le moins efficace en Amérique du Nord selon un rapport, «fait peur aux transporteurs à cause de ses frais élevés», soutient un représentant de l’industrie.

«Comparé aux aéroports semblables, il y a beaucoup plus de personnel et de frais», explique John McKenna, président de l’Association du transport aérien du Canada et un expert du domaine.

D’abord, les frais d’amélioration aéroportuaire de 33 $ sur chaque billet d’avion (7 $ de plus qu’à Montréal) sont les plus élevés au pays. Le Journal a aussi calculé les frais imposés aux transporteurs dans différents aéroports canadiens. Conclusion: au total, Jean-Lesage est un peu plus cher que les gros aéroports, et beaucoup plus cher que ses comparables.

Selon les données de la Air Transport Research Society (ATRS) qui, chaque année, compare la performance des aéroports du monde entier, un Boeing 767 payait presque deux fois plus cher à Québec qu’à Los Angeles et le même prix qu’à New York (JFK), soit environ 3000 $US. C’est 1800 $US à Montréal.

Boudé par les « low cost »

Québec est dans les derniers de classe dans le rapport de l’ATRS. En regard de l’efficacité, il arrive au dernier rang sur 47 petits et moyens aéroports en Amérique du Nord, alors que Montréal est 32e. Du point de vue de la compétitivité, Jean-Lesage est au 45e rang et Montréal-Trudeau, 37e.

Les frais élevés à Québec ne font pas l’affaire des compagnies aériennes. Au lendemain du lancement du transporteur «low cost» NewLeaf, le PDG de l’entreprise, Jim Young, a clairement indiqué au Journal que c’est pour cette raison qu’il avait renoncé à desservir Québec pour l’instant. Montréal ne s’y trouve pas non plus, mais pour d’autres raisons.

WestJet vient d’annoncer plusieurs bonifications, mais rien pour Québec. La porte-parole Lauren Stewart explique que «les aéroports qui coûtent moins cher ont plus de liaisons et plus de croissance de WestJet et malheureusement, Québec a une structure de frais qui rend l’aéroport moins attractif.»

La crainte de l’éléphant blanc

L’aéroport investit 277 millions $, incluant 100 millions $ en fonds publics, pour doubler la superficie de son terminal d’ici 2018. Il est pourtant l’un des moins achalandés en Amérique du Nord, selon l’ATRS. À terme, il sera aussi grand qu’à Winnipeg, un aéroport qui accueille deux fois plus de passagers.

Le pari est «risqué», selon John McKenna. Les transporteurs ont peur de devoir en payer la note. «Ce qui m’inquiète, c’est qu’une fois construit, les transporteurs disent que ce n’est plus rentable de venir.»

Frais aéronautiques + frais d’amélioration aéroportuaire
Aéroport Vol domestique (Q400 de 75 passagers)  Vol international (Airbus A310-300 de 250 passagers)
Québec (1,6 M*) 3935$ 15 692$
Montréal (16 M*) 3262$ 13 556$
Toronto (41 M*) 3192$ 12 452$
St-John’s (1,5 M*) 2920$ 10 970$
Victoria (1,7 M*) 1470$ 5703$

*Achalandage en millions de passagers

LES AÉROPORTS (PETITS ET MOYENS) LES PLUS EFFICACES EN AMÉRIQUE DU NORD

1- Oklahoma City
2- Raleigh
3- Calgary
4- San Jose
5- Richmond
32- Montréal
47- Québec

La direction défend sa gestion et ses investissements

Gaëtan Gagné, PDG de l’aéroport
Photo Pierre-Olivier Fortin
Gaëtan Gagné, PDG de l’aéroport

Le PDG d’Aéroport de Québec inc., Gaëtan Gagné, balaie de revers de la main les chiffres peu reluisants sur la compétitivité de l’aéroport.

M. Gagné n’a pas voulu commenter les chiffres de l’ATRS qui, selon lui, servent le discours des compagnies aériennes qui veulent maximiser les profits pour les actionnaires. L’objectif de l’aéroport est d’offrir un service au passager et ces derniers sont au rendez-vous, dit-il, après 13 ans de croissance ininterrompue. Les prix des billets d’avion demeurent par ailleurs compétitifs, et beaucoup moins chers qu’il y a 15 ans.

Pour expliquer les frais élevés, il souligne que le déneigement coûte ici plus cher et rappelle que l’aéroport a investi 550 millions $ ces 15 dernières années pour passer d’un «aéroport de brousse» à un aéroport digne d’une capitale.

Objectif de 3 millions

Ceux qui doutent de la pertinence d’agrandir le terminal sont les mêmes qui criaient à l’éléphant blanc en 2008, lors de l’agrandissement précédant. Le potentiel est évident pour lui: encore 1,4 million de voyageurs de Québec prennent l’avion à Montréal chaque année. Environ 1,6 million de passagers ont transité à l’aéroport de Québec en 2015. L’objectif est de 3 millions en 2035.

Quant à l’investissement de 300 millions $, M. Gagné ne voit «absolument pas» de risque. «Il y a plein de compagnies intéressées à venir servir Québec», assure-t-il. Il restera muet sur les détails. Selon ses chiffres, deux vols quotidiens vers l’Europe pourraient être rentables, de même qu’un vol quotidien vers Las Vegas à partir du jeudi.

Plus de compétition

«Peut-être que le risque dont M. McKenna a peur, c’est que l’agrandissement amène de la compétition pour les compagnies qui veulent garder leur marché», suggère M. Gagné.