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Comment (ne pas) privatiser!

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Au Québec, le mot « privatisation » a mauvaise presse. Il est aussi souvent utilisé par des gens qui comprennent très peu le concept (et encore moins la littérature sur le sujet). Il s’agit probablement du résultat d’une paresse intellectuelle qui mène à une confusion entre les résultats de la privatisation et le processus de privatisation.

Le Journal of Economic Literature est le journal qui vise à introduire les spécialistes d’un domaine en économie aux travaux des autres spécialistes. Ainsi, un économiste spécialisé en théorie des jeux ira lire ce journal pour connaître l’état de la littérature produite en économie internationale. Généralement, ce qu’on retrouve dans ce journal représente un résumé nuancé qui délimite clairement l’état des choses. En 2001, William Megginson et Jeffry Netter ont été invité à produire une recension de la littérature sur la privatisation. Dans l’ensemble, ils affirment que la privatisation est un processus bénéfique puisqu’il permet une meilleure allocation des ressources, une réduction des prix, une augmentation de la qualité et un accroissement de la productivité. Et après tout, on n’a pas besoin d’un gigantesque appareil théorique pour comprendre qu’un entrepreneur privé qui prend des risques avec ses fonds a des meilleures incitations à mieux gérer qu’un administrateur public qui joue avec l’argent des contribuables.

Cependant, ils affirment qu’il y a des conditions à satisfaire pour que ces résultats se matérialisent. Et c’est là que le processus de privatisation compte énormément !

Ces conditions ressemblent à une compétition de course : tous les joueurs doivent partir au même point et les règles doivent être claires.  En somme, personne ne doit jouir d’un traitement de faveur afin d’avoir un point de départ plus avancé que les autres ou avoir des règles qui nuisent aux concurrents d’un joueur en particulier. Récemment, j’ai pu élaborer sur de telles conditions dans un document de travail avec des collègues européens (voir mon papier ici avec Vladan Ivanovic, Vadim Kufenko, Boris Begovic et Nenad Stanisic). Nous avons considéré le cas de la privatisation en Serbie – qui est survenu après celui des autres pays de l’Europe de l’Est. Généralement, la privatisation en Serbie est considérée comme un échec. Nous nous sommes demandés comment cet échec s’est matérialisé. Lors de notre recherche, nous avons remarqué que plusieurs anciens apparatchiks du régime précédent ont participé activement à l’élaboration du processus de privatisation. Les règles étaient conçues de manière à sous-estimer la valeur des actifs gouvernementaux (notamment les terrains), à limiter la possibilité d’acquéreurs étrangers et à démanteler – dès que la période de supervision obligatoire était terminée – les compagnies afin de liquider des actifs obtenus à rabais. Au final, il y a eu une capture du processus aux fins de certains individus (qui bénéficiaient aussi de l’ancien régime avec des entreprises nationalisées). Les résultats désirables de la privatisation ne se sont pas matérialisés. Notre étude fournit une explication au cas serbe et s’inscrit dans la constellation d’études qui font l’effort d’étudier le processus de privatisation afin de mieux comprendre les résultats.

Au Québec, si seulement on pouvait faire cet effort intellectuel de distinction, on pourrait constater que le processus de privatisation peut amplifier ou diminuer les bienfaits de la privatisation.