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Salaire minimum et pauvreté: l'intention ne suffit pas!

pauvreté
© Les archives Agence QMI

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Au Forum Social Mondial, on a relancé l’idée d’augmenter le salaire minimum. En citant des chiffres sur le seuil de pauvreté (qui sont faux, le seuil de faible revenus – un concept différent de la pauvreté – est nettement loin de celui cité par les défenseurs de la mesure qui omettent de souligner que la ligne change en fonction de la taille des familles), ils clament que c’est inacceptable que le salaire minimum ne soit pas suffisant pour se hisser – à quarante heures de travail par semaine – au-dessus du seuil de pauvreté.

Et ils ont raison, c’est inacceptable. Cependant, c’est pas parce qu’un diagnostic est valide qu’une proposition de solution l’est automatiquement. Après tout, si 10.75$ de l’heure c’est trop peu à quarante heures de travail par semaine, 10.75$ de l’heure à trente-cinq heures par semaine c’est terrible ! Et si 10.75$ de l’heure c’est trop peu, 0.00$ par heure c’est vraiment inacceptable !

L’effet du salaire minimum sur l’emploi est assez clair. J'ai pris sept billets de blogue ici pour résumer près de 100 articles de littérature (ici ici ici ici ici ici ici). Lorsque les augmentations sont petites, les employeurs sont peu tentés de licencier des employés. Après tout, si notre firme embauche trois personne, on ne se départit pas d’un tiers de sa main d’œuvre (et donc un tiers de la production) pour une augmentation de 5% du salaire minimum. On se rabat plutôt sur des réductions des heures de travail, on demande un travail plus intensif (plus d’efforts), on coupe les bénéfices marginaux (heure de lunch, avantages non-salariaux) ou on augmente légèrement les prix en espérant que les consommateurs ne soient pas trop sensibles. Lorsque les augmentations sont trop grandes, on licencie des gens et on applique aussi les mesures qu’on applique pour des petites augmentations. Et notons que le salaire minimum à 15$ n’aura peut-être des effets très importants à Montréal – puisque les salaires sont généralement plus élevés à Montréal. Cependant, puisque les salaires (et les prix) sont généralement plus bas dans des villes comme Shawinigan, Trois-Rivières, Rimouski, Gaspé et Saguenay, les effets seront plus importants à ces endroits. Par coïncidence, ce sont aussi des régions avec des taux d’emploi relativement bas.

Dans tous les cas, on nuit aux gens en bas de l’échelle des revenus !

Vous voulez aider les plus pauvres ? Entièrement d’accord avec vous ! Mais cette proposition fera beaucoup de tort !

Trouvons des manières de mieux récompenser le travail (voir ici) afin de ne pas constituer un régime fiscal qui ne tombe pas disproportionnellement sur les plus pauvres. Bonifions la prime au travail afin d’éliminer la bulle des taux marginaux d’imposition qui augmentent entre 10,000$ et 30,000$ de revenu (voir ici). Augmentons les transferts associés aux remboursements des taxes de vente afin d’atténuer la régressivité des taxes de vente. Éliminons les réglementations qui limitent l’accès aux professions techniques. 

Trouvons aussi des manières de baisser le coût de la vie afin de cesser de pousser les gens sous le seuil de la pauvreté. Par exemple, la gestion de l’offre sur les produits laitiers et la volaille coûte entre 339$ par ménage parmi les ménages les plus pauvres (voir ici) – on parle de plus de 2% du revenu de ces ménages. Un autre exemple, la réglementation sur les légumes moches (récemment abolie) augmentait les prix de l’alimentation dans une proportion équivalente à près de 0.6% du coût de la vie actuel ! Les biens importés au Canada sont taxés, en moyenne, à 8.5% de leur valeur. Alors pourquoi ne pas éliminer ces taxes ? En fait, il est généralement admis que les réglementations ont tendance à augmenter disproportionnellement le prix des biens qui sont les plus importants dans le panier de consommation des ménages les plus pauvres.  Et pourquoi ne pas réduire les réglementations sur la construction qui ont tendance à augmenter les loyers en réduisant l’offre de logement ?

Toutes ces mesures, même prises individuellement, aideront davantage les plus pauvres qu’une augmentation de 40% du salaire minimum ! Ça ne sert à rien de se gargariser de vertu si le résultat est tout le contraire de l’intention initiale!