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Le burkini qui en dit long

Burkini
REUTERS

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En France, des gouvernements locaux ont récemment adopté des règlements et décrets interdisant le port du burkini sur les plages

Le débat est en train de migrer ici alors que la CAQ, réclame l’interdiction du long vêtement de plage.

Pour les partisans de l'interdiction, il s’agit de rien de moins que d’assurer la sécurité publique et la conformité avec les « valeurs » françaises.

Le premier ministre français affirme que ce vêtement est " la traduction d’un projet politique, de contre-société, fondé notamment sur l’asservissement de la femme".  

Le journal France Soir rapporte que Manuel Valls a déclaré que derrière le burkini, "il y a l’idée que, par nature, les femmes seraient impudiques, impures, qu’elles devraient donc être totalement couvertes. Ce n’est pas compatible avec les valeurs de la France et de la République. Face aux provocations, la République doit se défendre".

Dans un texte paru dans Libération, l ’éditeur Aalam Wassef soutien qu’il serait naïf d’ignorer la signification politique associée à ce vêtement.  Le prot de vêtements couvrant tout le corps est en effet revendiqué par certaines factions radicales de l’islam, les wahhabites.

Il convient que «  toutes les femmes qui portent des burkinis en France ne sont pas des émissaires wahhabites »  Mais il met en garde à l’égard de la tentation de méconnaître la signification symbolique de ce vêtement.  Il écrit : « Interdire les burkinis (...) n’est pas un acte islamophobe. C’est plutôt le signe que nous n’avons pas peur de dire qu’Islam et wahhabisme sont deux choses radicalement distinctes, et que le second menace le premier depuis plus de deux siècles. »

D’autre part,  Mathieu Bock-Côté écrit dans Le Figaro que « l'islamisme est dans une logique de conquête politique et idéologique. Il veut implanter de manière irrémédiable un islam particulièrement rigoriste au cœur des sociétés occidentales et rendre inimaginable sa critique, sauf à risquer l'accusation d'islamophobie. Il teste comme il peut les défenses occidentales pour voir là où elles cèderont. Il est dans une guerre d'usure. Nos sociétés, qui ne savent plus trop comment assumer politiquement leur héritage de civilisation, semblent désarmées devant lui. »

Dans une telle perspective, la mesure d’interdiction du vêtement controversé est présentée comme une composante d’un programme de résistance aux tentatives de l’islam radical d’imposer ses façons de voir.

Par contre, hors de France, l’interdit est tourné en ridicule par plusieurs grands médias. Comme le résume le Courrier international, des médias ont décrit la controverse sur le ton de la dérision.

Certains considèrent la mesure « stupide et sexiste », et relevant du « fanatisme idiot »  qui a toutes les chances de choquer plusieurs musulmans modérés ». 

D’autres mettent l’emphase sur le fait que l’interdiction s’inscrit dans la symbolique.  C’est un artefact emblématique de «  l’affrontement culturel entre patriotes français et immigrés musulmans ».

Une telle controverse sur  un vêtement, somme toute porté par très peu de gens, illustre les profondes différences de conception quant aux valeurs fondant la vie collective.

Surtout, c’est un révélateur d’importantes différences dans la manière d’envisager le rôle de la loi.

Dans la tradition juridique anglo-saxone on tend à postuler l’absence de fondement légitime pour des lois étatiques s’interposant dans les choix vestimentaires des individus.

Par contre,  en France, lorsque vient le temps de faire prévaloir ce qui est considéré comme relevant des « valeurs fondamentales de la république », on prend pour acquis que la loi peut légitimement contraindre les individus. On postule plus facilement que l’autorité publique possède la légitimité pour interdire le port de certains types de vêtements même si cela emporte, pour certains individus, une impossibilité de se conformer à leurs croyances religieuses.

Malgré ses allures de trivialité, la controverse sur le burkini en dit long sur les visions contrastées qui coexistent dans les sociétés démocratiques à l’égard de la légitimité de l’intervention de la loi afin de faire prévaloir les « valeurs » que l’on juge fondamentales.