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(VIDÉO) Omrane, nouveau symbole de l'horreur en Syrie

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Le monde a souvent besoin d’une image-choc pour saisir toute l’horreur d’un conflit. Celle du petit Syrien Omrane, quatre ans, est assurément l’une d’elles. Elle a fait le tour du monde en quelques heures et soulevé la consternation sur les médias sociaux.
 
La vidéo publiée mercredi sur YouTube par les militants du Centre médiatique d’Alep a été captée quelques heures plus tôt à la suite de frappes aériennes du régime Al-Assad ou de son allié russe sur le quartier rebelle de Qaterji. Les images montrent d’abord des secouristes en action qui tentent de sauver les résidents de deux immeubles touchés par les bombes, dont celui où vivait le jeune garçon.

Quand le photographe Mahmoud Rslan a entendu les bombardements, il s’est précipité sur les lieux. Il explique que les secouristes ont dû se rendre dans un immeuble adjacent pour extirper un à un Omrane, son frère, ses deux sœurs et leurs parents.

Étonnamment calme

Dans la vidéo, un secouriste transporte le garçon dans une ambulance où il prend place sur un siège trop grand pour lui qui lui laisse les pieds dans le vide. Le petit garçon, étonnamment calme dans tout ce chaos, est couvert de poussière de la tête aux pieds.

AFP

La caméra fait ensuite un zoom sur son visage à moitié couvert de sang. Le garçon reste bien assis, bouge lentement, regarde autour de lui pendant que les secouristes poursuivent leur travail dans l’urgence et les cris. Il s’essuie le visage et découvre qu’il a du sang sur la main.

Dérangeant

On ne sait trop ce qui lui passe par la tête pendant ce temps. Le fait qu’il demeure aussi calme au lieu de céder à la panique a quelque chose d’incroyablement dérangeant. Omrane garde les yeux grands ouverts. Son regard à fendre l’âme suscite autant de compassion que de colère et d’incompréhension.

«J’ai pris beaucoup de photos d’enfants morts ou blessés par les raids qui s’abattent au quotidien», raconte le photographe.

AFP

«D’habitude, ils sont soit évanouis, soit en pleurs. Mais Omrane était là, sans voix, le regard vide, c’était comme s’il ne comprenait pas très bien ce qui venait de lui arriver, affirme Mahmoud Rslan, 27 ans. Omrane était en état de choc, car un mur s’était effondré sur lui et sa famille.»

Plus tard, d’autres enfants sont amenés dans l’ambulance. Les blessés seront conduits dans un hôpital qui avait aussi subi des bombardements quelques jours plus tôt. Omrane n’a pas été blessé sérieusement.

Après Aylan, en septembre 2015

La photo du petit Omrane rappelle par son côté symbolique la photo du petit Aylan, trouvé mort sur une plage de Turquie alors que lui et sa famille fuyaient l’horreur de la guerre.

L’image de ce réfugié de trois ans avait ému le monde entier en septembre 2015 et est devenue emblématique du drame des réfugiés syriens.
 
La Syrie est en guerre civile depuis 2011. Le conflit aurait fait quelque 300 000 morts, incluant des dizaines de milliers d’enfants. Les réfugiés et les déplacés se comptent en millions.


 
Un fragile cessez-le-feu a été signé entre le gouvernement Al-Assad et les rebelles en début d’année, mais les combats continuent contre d’autres groupes et font toujours rage à Alep, la deuxième ville du pays. Certains quartiers sont contrôlés par les rebelles, d’autres, par le régime Al-Assad.
 
Les revendications des Kurdes, les avancées de l’État islamique, la présence de plusieurs autres milices et le jeu des alliances internationales viennent complexifier la situation, si bien que les observateurs voient mal comment la paix pourrait se réinstaller à court terme.

- Avec l’Agence France-Presse