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L’émotion, mauvais guide

Fleurs accident
Photo Simon Clark et courtoisie

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Les solutions avancées sous le coup de l’émotion, aussi louables soient-elles, ne sont pas pour autant les meilleures et méritent prudence et réflexion. C’est le cas de l’idée d’une passerelle qui relierait Laurier Québec et le CHUL.

Tout le monde s’entend sur un point: l’accident ayant coûté la vie à une jeune femme enceinte de 40 semaines à cet endroit s’avère des plus tragiques. Marie-Pier Gagné, 27 ans, a été projetée mortellement dans les airs lorsqu’un véhicule a foncé sur le terre-plein où elle se trouvait. La petite fille qu’elle portait a pu être sauvée et est toujours hospitalisée. C’est d’une tristesse sans nom.

Dans les jours suivant l’accident, porté par de bonnes intentions, un père de famille a lancé une pétition afin de réclamer la construction, par la Ville de Québec, d’une passerelle qui relierait le CHUL au centre commercial. La pétition, qui a recueilli 2890 signatures, fait état d’un achalandage élevé dans le secteur. On y mentionne qu’une passerelle a été construite près du nouvel amphithéâtre, et qu’il en existe d’autres à Québec où il y aurait moins d’achalandage que dans le secteur du CHUL.

Zones grises

La vérité, c’est qu’il manque de nombreux éléments avant de pouvoir avancer une solution. Le maire de Québec mentionnait mardi qu’il souhaitait attendre les conclusions de l’enquête avant de se prononcer sur d’éventuelles mesures. Il a bien raison.

Après vérification, personne n’a idée de l’achalandage précis à cette intersection. Accès Transports Viables, organisme qui prône l’utilisation des transports collectifs, a répertorié 63 accidents entre 2005 et 2015 entre de l’Église et Robert-Bourassa, dont 20 à l’endroit où Mme Gagné a été happée. J’en déduis donc qu’il ne se produit pas vraiment plus d’accidents entre le CHUL et Laurier Québec qu’à d’autres intersections du boulevard Laurier. Faudrait-il pour autant y multiplier les passerelles, de même que sur d’autres intersections jugées dangereuses?

Puis soyons réalistes. Le propriétaire de Laurier Québec, Ivanhoe Cambridge, collabore avec le CHUL en tolérant les usagers qui stationnent chez lui. Cela ne signifie pas pour autant qu’il serait prêt à tous les y accueillir en acceptant qu’une passerelle les y conduise.

Quant aux circonstances de l’accident, on en sait encore très peu. L’hypothèse selon laquelle le conducteur aurait fait une crise d’épilepsie n’est notamment pas confirmée.

Enfin, la situation n’est pas comparable à celle du Centre Vidéotron, où 5000 personnes en moyenne empruntent la passerelle lors d’événements, dans les deux directions. À défaut de cette installation, construite au coût de 2 M$, les piétons auraient continué de bloquer l’accès à des bretelles d’autoroute, ce qui serait non seulement très dangereux, mais qui compliquerait largement les déplacements, l’accès et la sortie dans ce secteur achalandé.

J’ai par ailleurs revu les plans d’aménagement pour le SRB sur le boulevard Laurier, à la hauteur du CHUL. Ils prévoient justement de larges terre-pleins et trottoirs parsemés d’arbres, ce qui viendrait de toute évidence assurer une meilleure sécurité pour les piétons. Certes, il faudra encore attendre plusieurs années avant de voir ce projet se concrétiser. Cela n’empêche pas la Ville, en attendant, de prendre certaines mesures pour sécuriser le terre-plein. Ce serait beaucoup moins coûteux et sans doute plus efficace qu’une passerelle.