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Un argument anti-immigration qui se déguise

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Présentement, l’Assemblée nationale tient des consultations publiques sur les politiques d’immigration au Québec. Quand on jase d’immigration, il y a plusieurs conceptions erronées (ou tout simplement fausses) qui sont répétées. La journaliste Josée Boileau, associée avec le journal Le Devoir, a donné une entrevue ce matin à Gravel le Matin dans laquelle elle répétait l’un de ces mythes. Elle soulignait avoir peur « qu’on vide les pays étrangers des meilleures » personnes qu’ils ont. Parmi les mythes qui me dérangent, c’est celui-ci qui me dérange le plus!

Soyons clairs, je me fous de la Tunisie ou d'Haïti. Je me soucie des Tunisiens et des Haïtiens. Après tout, ces pays ne sont que des bouts de terre, c’est le bien-être des individus qui me préoccupe. Dès qu’un Tunisien ou un Haïtien arrive ici, son revenu augmente substsantiellement. Pour un Haïtien, cette augmentation est d’un facteur de 22! Pour un Tunisien, ce ratio est de 3.20! Ces chiffres sont basés sur le revenu moyen per capita, mais même au revenu moyen du bas 20 % de la distribution des revenus au Québec, il s’agit d’une amélioration significative du niveau de vie!

Il convient de souligner que le développement socio-économique passe par des « bonnes institutions ».  Même si celles-ci sont difficiles à définir précisément, elles ont tendance à inclure un respect des droits de propriété et un certain niveau de libertés économiques (voir les livres suivants pour les intéressés : ici ici ici ici et ici, mon favori). Le but d’avoir des bonnes institutions est de permettre à un individu de valoriser son plein potentiel. Lorsqu’un Tunisien arrive au Québec, il n’y a rien qui change chez lui. Il reste la même personne : il a le même âge, les mêmes habilités, le même capital humain, les mêmes expériences de vie. Et pourtant, il est significativement plus riche dès son arrivée ! C’est parce que les institutions permettent aux individus d’utiliser leurs talents que cela se produit. Prisonniers d’un environnement institutionnel pervers, les Tunisiens ou les Haïtiens sont incapables de créer des liens socio-économiques qui génèrent autant de valeur qu’ici (voir notamment les travaux de mon collègue Benjamin Powell à Texas Tech University). Des mauvaises institutions dans le pays d’origine impliquent que les talents sont sous-utilisés de telle sorte que la valeur créée par un immigrant dans le pays de destination est supérieure aux pertes économiques pour le pays d’origine.

Plus important encore, lorsqu’ils quittent leurs pays d’origine, les immigrants forcent les gouvernements locaux à se réformer. En effet, en se déplaçant, ils privent des gouvernements corrompus ou électoralistes d’une base fiscale. Cela force les gouvernements à adopter des réformes importantes.

Josée Boileau sombre dans l’étrange « fallacie » de faire l’adéquation entre le développement d’un pays et le développement du bien-être des individus du pays. Son argument « pour » le développement des pays pauvres, c’est un argument anti-immigration qui se déguise.