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Célèbre conte revisité à la Nothomb

Amelie Nothomb
Photo courtoisie Olivier Dion

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Écrivaine unique, à l’humour fin et à la plume très juste, Amélie Nothomb revisite cette année un conte célèbre, en lui donnant une saveur contemporaine inimitable, un vrai cadeau pour la rentrée littéraire: Riquet à la houppe.

Son histoire d’amour colorée entre un homme brillant mais très laid et une femme superbe qu’on croit sotte explore les contrastes. Riquet à la houppe, un conte de Perrault, lui trottait dans la tête depuis longtemps. «C’est un peu une version plus civilisée de La belle et la bête», commente-t-elle, peu avant ses vacances, en entrevue téléphonique.

«Dans La belle et la bête, à la fin, quand la princesse avoue son amour au prince et lui donne le baiser de l’amour, la bête se transforme en prince charmant. Et ça, c’est nul... la pauvre princesse est flouée: elle est tombée amoureuse d’un monstre et se retrouve avec un prince charmant. Dans Riquet à la houppe, la belle femme tombe amoureuse du monstre et il reste un monstre. Simplement, comme elle le voit avec les yeux de l’amour, il est transfiguré. Je trouve que c’est beaucoup mieux comme ça. C’est plus juste.»

« Destins abominables »

Amélie a donc créé un personnage qui, bébé, était déjà repoussant. «J’ai fait un bébé mégalaid, le bébé le plus laid du monde, qui a l’air d’un petit vieux tout fripé.» Pour faire contraste, elle a créé Trémière, une fille d’une beauté extrême... qui est tout autant détestée et marginalisée. «C’est là que la beauté et la laideur se rejoignent», note-t-elle.

«Regardez le destin des très belles femmes, les Greta Garbo et compagnie: c’est toujours des destins abominables, une vie amoureuse sordide. Très beau ou très laid, de toute façon, c’est très dur. Donc quelle fin plus logique que de les faire tomber amoureux l’un de l’autre? Eux, au moins, peuvent se comprendre.»

La laideur, dans l’histoire, est associée à une grande intelligence. «Pour moi, la principale intelligence, c’est la faculté d’adaptation. Et quand on est laid à ce point, on n’a pas l’embarras du choix: il faut pouvoir s’adapter à une situation à ce point haïssable.» En revanche, les très belles femmes attirent sur elles un préjugé absolu: il faudrait qu’elles soient stupides. «Elles ont forcément une croix à porter.»

Amélie Nothomb note que l’extrême beauté, dans notre société, n’est pas aimée. «On en a toutes les preuves dans notre monde. Tout se passe comme si on cherchait à détruire toutes les formes de beautés. Qu’elles soient chez les êtres humains, dans la nature, on conspire à détruire ce qui est extrêmement beau.»

La douance

La douance, un autre thème intéressant à travailler dans cette histoire, est présentée comme quelque chose de beau. «Un des leitmotive aujourd’hui – je ne sais pas ce qu’il en est au Québec mais je peux vous dire ce qu’il en est en France – c’est de présenter la douance comme un méga handicap. La tendance à la victimisation est tellement forte que même les qualités, même les dons sont vécus comme des handicaps.»

Amélie était une enfant surdouée. «Je vous rassure, ça m’a tout à fait passé... et je peux vous dire que je le vivais très bien», commente-t-elle. «Je voyais bien qu’il y avait une différence entre les autres enfants et moi, mais jamais ça ne me serait venu à l’idée de porter ça comme un fardeau. C’était une particularité et par bien des aspects, c’était un avantage.»

  • Depuis 1992 et Hygiène de l’assassin, Amélie Nothomb a reçu de nombreux prix pour ses livres publiés chez Albin Michel.
  • Ses œuvres sont traduites dans 40 langues.

EXTRAIT

«S’il y avait une fille qui ne plaisait à aucun garçon, et par conséquent à aucune fille, c’était Trémière. À quinze ans, elle était de loin la plus belle fille du lycée des Adieux. Longue et mince, ses cheveux de miel lui faisaient un vêtement naturel qui allait jusqu’à mi-cuisse. Ses grands yeux fixes éclairaient comme des spots. Son visage de statue expliquait son silence.

Son teint de lait nacré lui valut le surnom de Trémière la Crémière. Bientôt on ne l’appela plus que Crémière. À dire vrai, on ne l’appelait pas, on la huait. Elle ne parlait jamais, mais si par accident elle produisait un son, éternuement discret ou réponse polie à un professeur, il y avait toujours quelqu’un pour gueuler : “Ta gueule, Crémière!”, ce qui provoquait la risée générale.»

—Amélie Nothomb, Riquet à la houppe

Amelie Nothomb
Photo court. Ed. Albin Michel