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Y a-t-il trop d’immigrants au Québec?

Y a-t-il trop d’immigrants au Québec?
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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Y a-t-il trop d’immigrants au Québec? 

Jean-François Lisée avait lancé le bal au mois de juin, en affirmant qu’il était pour une réduction des seuils migratoires au Québec, sans statuer sur un chiffre. 

François Legault a poursuivi le bal cette semaine, en confirmant du même coup son virage nationaliste: si la CAQ était élue, les seuils migratoires seraient revus, en baisse de 20%. 

Évidemment, le Parti libéral et Québec solidaire leur lancent des roches, incapables de penser tous les deux rationnellement lorsqu’il est question d’immigration, une question qui devrait être abordée autrement que par les émotions et les bonnes intentions, comme c’est beaucoup trop souvent le cas au Québec. 

Hormis ce qui attire l’œil, comme le burkini, il est grand temps de s’attaquer non seulement aux feuilles, mais aux racines des problématiques reliées à l’immigration au Québec. 

Revenons à la base: le Québec est un des endroits dans le monde où l’on accueille le plus d’immigrants par personne. Plus que de nombreux pays d’Europe auxquels on pense d’abord lorsqu’on songe à l’immigration. De plus, nos structures d’accueil sont déficientes: pas assez d’allophones adultes qui jugent bon de se franciser, une loi 101 qui ne s’applique plus à partir de 16 ans pour l’éducation des adultes, 86 % des nouveaux arrivants qui s’installent en région métropolitaine, pas assez de programmes de régionalisation de l’immigration, pas assez de classes de francisation à l’extérieur de la région métropolitaine et surtout, pas assez d’intégration au marché du travail, là où ceux qui ont appris le français pourraient réellement automatiser leurs apprentissages. Finalement, y a-t-il trop d’immigrants pourrait se traduire par «pas assez» de services migratoires et de structures d’accueil. 

Pourtant, on hausse les seuils sans penser au taux de chômage (près de 20 %) et on s’étonne du fait que des ingénieurs conduisent des taxis: j’en sais quelque chose, mon conjoint est un ingénieur étranger, et moi-même je n’y comprends rien et me perd dans les dédales administratives, imaginez quelqu’un qui vient d’arriver et qui n’a pas de réseau pour lui expliquer comment faire! 

On s’étonne aussi des taux de chômage des immigrants au Québec, comparativement au reste du Canada, et on dit, chez les bonnes gens, que le Québec «est donc bien fermé! Raciste et xénophobe!» Pourtant, si on connaît moindrement les grilles de sélection des immigrants et que l’on compare celle du Canada avec la nôtre, on constate pourquoi il est plus difficile de s’intégrer au Québec: le seuil de réussite de la grille de sélection au Québec est de 48 % alors qu’on demande 67 % au Canada! Un constat? Le Québec accepte des gens qui ne seraient jamais acceptés au Canada. Par la suite, ils ont tout à fait le droit de traverser en Ontario... Où ils n’auraient pas été sélectionnés. Le problème est québécois, et non canadien: en effet, le Canada est plus strict que nous et s’assure ainsi d’une meilleure intégration. De plus, la grille de sélection du Québec est élaborée ici et décidée ici, tout comme nos seuils, le Canada n’a rien à y voir, et ce, pour l'ensemble de nos immigrants économiques, soit 70% de notre immigration. Évidemment, la situation est différente dans le 30 % de réfugiés ou de regroupement familial. 

Y a-t-il trop d’immigrants au Québec devrait être remplacé par «Y a-t-il assez de structures d’accueil pour intégrer les immigrants au Québec» à cette réponse, je réponds assurément non. Y a-t-il trop d’immigrants au Québec? Oui, il y en a trop pour nos capacités d’accueil afin de les intégrer décemment et de leur offrir une vie agréable, où ils pourront se réaliser. Il n’y en aura jamais trop pour le patronat par contre, qui salive chaque année devant cette foule de travailleurs à rabais, ou pour le Parti libéral, qui voit dans ces nouveaux arrivants le billet gagnant pour leur infinie réélection.