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Le lait renversé d'Alain Bourbeau

verre de lait dans une main.
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Le président de la fédération des producteurs de lait du Québec, Alain Bourbeau, a décidé de répondre à mon étude (co-écrite avec mon bon ami Alexandre Moreau) de la semaine passée sur la gestion de l’offre. Sa stratégie ? Critiquer mes hypothèses. C’est bon jeu, c’est comme ça qu’on fait avancer les débats !

Toutefois, la méthode qu’il a utilisée frise le ridicule. Selon lui, ce qui invalide mon hypothèse, c’est que le prix du bœuf aux États-Unis est, tout comme le prix du lait, plus bas qu’au Canada. Selon lui, c’est la preuve de mon hypothèse, voulant que le prix baisse suite au démantèlement des barrières à l’importation, est invalide.

Ce n’est pas absolument pas le cas. Surtout quand il oublie, bien à son avantage de souligner que le bœuf est aussi assujetti à des tarifs et quotas à l’importation (connu comme des tariff-rate quotas) pour tous les pays ne faisant pas partie de l'ALÉNA. Donc, on me permettra de douter de l'affirmation que le "porc" et le "boeuf" sont soumis à un libre-échange débridé. Deuxièmement, il existe plusieurs barrières qui fonctionnent exactement comme des tarifs à l'importation (des barrières déguisées) qui créent un "wedge" entre les différents prix (ici) (Correction: j'ai corrigé une imprécision ici qui pouvait mener à une mauvaise lecture - 9h34 PM, 7 septembre 2016). Il faudra ajouter aussi les barrières que les provinces peuvent imposer. Le même problème se pose à l’égard de plusieurs produits de boulangerie et des produits porcins.  En quelque sorte, M. Bourbeau a décidé de comparer un prix après taxe (celle des barrières commerciales directes et indirectes) avec un prix avant taxe.  C’est sûr qu’il y a un écart de prix quand il y a une taxe. Franchement ! (Ajout: Il convient de souligner que les catégories de bien produites par Statistiques Canada diffèrent légèrement de celles du Bureau of Labor Statistics). 

Si c’était la première fois qu’une telle erreur se produisait, je présumerais qu’il s’agit d’une erreur de bonne foi. Cependant, ce n’est pas la première fois – loin de cela ! Dans le passé, l’UPA et la fédération des producteurs laitiers ont émis des communiqués comparant le prix du lait en Nouvelle-Zélande avec celui du Canada. Ils ont pris le prix en épicerie en oubliant de souligner que le Canada n’impose les taxes de vente sur le lait – ce qui n’est pas le cas en Nouvelle-Zélande. En effet, la Nouvelle-Zélande taxe tous les biens essentiels. Ainsi, on nous présentait un prix sans taxe au Canada avec un prix avec taxe en Nouvelle-Zélande.

Au final, lorsque nous critiquons la gestion de l’offre, nous critiquons aussi les barrières à l’importation. En citant des prix qui incluent des barrières qui pourraient réduire le prix pour les consommateurs canadiens, M. Bourbeau prouve notre point en allant au-delà des produits laitiers. Autant dire que M. Bourbeau a renversé son verre de lait.