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Les marchands repartent en guerre contre les frais des cartes de crédit

Cartes de crédit
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Les frais d’utilisation des cartes de crédit coûtent une fortune aux petits marchands.

Même s’ils comprennent que les consommateurs veulent utiliser leur carte de crédit afin de profiter des programmes de récompense qui y sont rattachés, les marchands sont unanimes à dire que cette pratique de paiement des achats met leur entreprise en péril.

Propriétaire d’un supermarché à Laval, Michel Despaties a dépensé près de 200 000 $ en 2015, juste en frais de cartes de crédit, alors que l’usage de la carte de débit lui a coûté 7000 $.

André Forget, propriétaire de cinq dépanneurs, dit qu’il n’a pas le choix de les accepter dans les deux dépanneurs situés sur la rive nord de Montréal, parce qu’il y vend aussi de l’essence. Mais il les refuse dans les trois autres, situés à Montréal.

«En dix périodes de quatre semaines, juste pour mon dépanneur de Repentigny, j’ai payé 89 000 $ en frais de carte de crédit. Ça mange ma marge de profit. Je ne trouve pas ça normal que ce soit moi qui paie des frais pour permettre aux clients d’amasser des points. Mais je n'ai pas le choix, la compétition est forte», lance-t-il en colère.

Dans sa boucherie de Saint-Joseph-du-Lac, Richard Daigneault a collé une affiche sur le comptoir près de la caisse, incitant sa clientèle à payer autrement qu’avec la carte de crédit, à cause des frais qu’il juge exhorbitants.

« Dans les gros mois d’été, ça frise les 2 000$ par mois. Il faudrait expliquer aux gens que ce n’est pas un cadeau que Visa ou Master Card leur fait. C’est nous qui payons à leur place », dit le boucher qui songe à lancer des rabais à l’achat pour inciter ses clients à payer comptant ou par carte de débit.

Une propriétaire de boutique de vêtements estime que dorénavant 80% de sa clientèle achètent par carte de crédit, 15% par carte débit et 5% en argent.

Je n'ai pas le choix de les accepter, sinon la clientèle va ailleurs », déplore la commerçante.

Multiples frais

Que ce soit Visa, Master Card ou American Express, chaque institution financière a ses règles, ses pourcentages de frais à payer, et ses multiples programmes. Plus la carte est prestigieuse, plus ses frais sont dispendieux.

Il y a les frais d’acceptation qui incluent les « frais de réseau » qui sont fixés et perçus par Visa et MasterCard; les « frais d’interchange » qui sont fixés par Visa et MasterCard, mais perçus par l’émetteur (l’institution financière); et les « frais d'administration » qui sont perçus par les acquéreurs (les fournisseurs de terminaux et de réseaux aux points de vente). À cela s’ajoute les frais d’acceptation des autres entités canadiennes.

Selon certains marchands, ces excédents peuvent monter, tout ensemble, entre 7 % à 10% de frais à payer au bout du mois. On est loin du 1,5% que VISA et Master Card disent respecter depuis le Code de conduite volontaire proposé aux institutions financières par feu le ministre conservateur Jim Flaherty, en avril 2010.

Annonce du ministre Morneau

Devant la grogne des marchands, le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau, a annoncé mercredi que son gouvernement effectuera une autre évaluation des frais imposés par les réseaux de cartes de crédit et examinera les effets de la réduction de ces frais.

Ce qui semble encore trop peu pour l’Association des détaillantes en alimentation du Québec.

«Loin d’être une bonne nouvelle, cette annonce confirme que ce sont les plus petits détaillants qui subventionnent les taux privilégiés offerts aux grands groupes», a répliqué son président Florent Gravel.