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Rock Demers défend Claude Jutra

Le producteur Rock Demers demande qu’on renomme les lieux en l’honneur de l’ex-cinéaste

Le producteur Rock Demers a profité de son passage à Québec, hier, où il assistait à la présentation du film La grenouille et la baleine, pour se porter à la défense de Claude Jutra.
Photo Agence QMI, Daniel Mallard Le producteur Rock Demers a profité de son passage à Québec, hier, où il assistait à la présentation du film La grenouille et la baleine, pour se porter à la défense de Claude Jutra.

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Le père de la série Contes pour tous se porte à la défense de Claude Jutra. «On devrait renommer tous les lieux Claude-Jutra. C’est inacceptable, ce qui s’est passé», affirme le producteur Rock Demers.

De toute évidence, des gens du milieu du cinéma ne digèrent toujours pas comment le nom de l’ex-cinéaste a rapidement été effacé de l’espace public, en février dernier, après le témoignage de deux hommes qui ont affirmé avoir été agressés sexuellement par Jutra lorsqu’ils étaient mineurs.

Rock Demers, qui l’a «très, très bien connu», est de ceux-là. Il est la deuxième personnalité, après Lise Payette, à défendre le cinéaste décédé en 1986.

Claude Jutra, décédé
Photo d'archives
Claude Jutra, décédé

«Je ne veux pas laisser passer ce qui est arrivé. [...] Tu ne peux pas régler ça en deux ou trois jours», a-t-il dit en entrevue au Journal, dimanche matin, avant la projection en plein air, à place d’Youville, du film La grenouille et la baleine, dans le cadre du Festival de cinéma de la ville de Québec.

M. Demers avait tenu des propos similaires la semaine dernière, lors d’un hommage à André Melançon à la Cinémathèque québécoise. «On m’a applaudi», a-t-il tenu à dire. «Avec raison, Rock Demers s’est élevé cet après-midi contre le lynchage de la mémoire de Claude Jutra...», avait même écrit le cinéaste et producteur Claude Fournier sur son compte Twitter après l’événement.

PAS CONVAINCU

Si M. Demers défend avec une telle vigueur la mémoire de Claude Jutra, c’est parce qu’il ne croit pas qu’il était un pédophile.

«Est-ce qu’il l’a fait? Rien ne me convainc», dit-il, en faisant allusion aux deux témoi­gnages.

«L’un est le fils de Fernand Dansereau, que je connais. Il a dit qu’à l’âge de 12 ans il est allé chez Claude Jutra pour passer la nuit. À un moment donné, il est allé s’étendre à côté de lui dans le lit, il était saoul et il lui a dit «Claude, non, ne fais pas ça» et il est parti. Cinq ou dix ans après, il a revu Claude Jutra et ils ont travaillé ensemble, donc rien de dramatique ne s’est passé là», a déclaré Rock Demers, avant de commenter aussi le témoignage du «fameux Jean», qui disait avoir été agressé à plusieurs reprises par le cinéaste quand il avait entre 6 et 16 ans.

«Il ne veut pas donner son vrai nom pour ne pas faire de tort à sa famille. Mais la famille de Claude Jutra existe aussi. Et tout le milieu et toute sa famille cinématographique. Dans quel environnement vivait-il pour que personne ne détecte quoi que ce soit? Rendu à 16 ans, n’était-il pas capable de réagir? Est-ce utile de ramener cet événement 30 ans plus tard? Il y a des choses qu’on ne sait pas et que j’aurais aimé savoir pour juger correctement la situation.»

«ÇA DONNE QUOI?»

Mais, fait-on remarquer à Rock Demers, est-ce que ça ne prend pas beaucoup de courage pour une victime d’agression d’aller raconter publiquement de telles choses?

«Si Claude Jutra était toujours vivant et que par ce témoignage on voulait éviter qu’un autre drame de pédophilie se produise, on peut toujours comprendre. Mais là, ça donne quoi de faire ça?»