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Jouer dans le «trafic»

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Dans ce qui promet d’être un moment exquis – s’il fait beau –, la moitié du territoire de la ville de Paris est interdite aux automobiles aujourd’hui. Près de 650 km de rues, soudainement tranquilles, réservées aux cyclistes et aux piétons, qui n’auront pas à crier pour s’entendre ni à marcher en étant aux aguets, comme des cibles dans un jeu vidéo.

Je sais: 650 km représentent probablement la longueur des rues de Montréal barrées chaque jour par des cônes orange. Ici, on ne bloque pas les rues pour renouer avec la poésie de l’échangeur Turcot, mais pour empêcher Ville-Marie de crouler avec ses infrastructures pourries.

Interdire les autos ?

Rêver d’interdire les autos en ville en tout temps est absurde. À moins d’exiger que ma mère fasse ses courses à vélo l’hiver. Dans l’ancien temps, les gens vivaient à une distance de marche de leur travail. L’école, l’épicerie, le cinéma, la taver­ne étaient au coin de la rue; l’évasion, à portée des «petits chars.»

La révolution qui se déroule dans les grandes villes d’Occident consiste plutôt à remettre l’auto à sa place: colo­ca­taire de la ville, plutôt que propriétaire de la chaussée. Les annon­ces de chars nous montrent toujours des bagnoles rutilantes roulant trop vite sur des routes bucoliques et déser­tes. Pourtant, la circulation en ville ressemble plutôt à un défilé de tortues aveugles un jour de pluie.

Partager la ville

Partager la ville est une révolution, qui se fait graduellement. Le zouave qui clenche au feu jaune à 70 km/h, qui braque à droite sans se soucier des «béciks» ou qui klaxonne pour que les piétons s’ôtent de là apparaît de plus en plus comme le dinosaure qu’il est. Il y a 10 ans, il était encore la norme.

La pacification des rues est une bonne chose pour tout le monde, y compris les automobilistes.

Montréal promet d’ailleurs de rédui­re la vitesse permise à 30 km/h – s’il devient un jour possible d’atteindre une telle vitesse dans cette ville...