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C’est le printemps!

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Septembre et octobre, c’est comme le printemps pour les profs. Symboles de grand ménage. D’idées bourgeonnantes.

Je démêle. Je plastifie. Je hume mon matériel de manipulation neuf pour mes ateliers.

Je réorganise mon armoire d’arts plastiques. Un projet quinquennal.

J’ose m’attaquer au classeur.

Ce dinosaure vert à trois tiroirs, au fond de la classe.

Débordant de je ne sais plus quoi dont l’utilité demeure pour le moins limitée en 2016 avec ma vie d’enseignante devenue électronique depuis longtemps.

Mais le plus gros du ménage, je le fais dans ma tête.

Je prends mes résolutions de prof.

Des phrases du genre «cette année, je vais être moins ceci et plus cela» me passent par l’esprit.

Je réfléchis à ces mauvais plis de prof que je tente d’éradiquer tous les ans.

Mais qui, comme les poux, finissent par revenir.

Comme au yoga

Par exemple, je compte pratiquer davantage la «zénitude» et le lâcher-prise face aux petits irritants de mon quotidien.

Tellement «in», la «zénitude»! Facebook regorge de pensées zen sur fond de fleurs de lotus.

Inspirer le calme. Expirer le stress.

Je resterai détendue. Même si mes crayons à tableau flambants neufs se sont fait enfoncer la mine, encore, par «l’élève que je n’arrive pas à coincer».

Même chose devant le photocopieur qui bloque en faisant du recto-verso. Deux minutes avant la cloche. Un lundi matin.

Je serai en paix après une bonne heure et demie de correction, en constatant au moment d’inscrire mes notes dans mon relevé (café du dimanche sur le coin de la table) qu’un élève, le même qui ne monte jamais sa chaise sur sa table et qui collectionne les mines de crayons de couleur cassées dans son réceptacle d’aiguisoir, ne m’a pas remis sa dictée en même temps que les autres.

Madame Net

Je serai aussi plus ordonnée. Comme ma collègue.

Pourtant, ses élèves sortent le matériel de manipulation trois fois par jour. Bricolent. Peignent.

Tout finit par être rangé.

Dans ma classe, jamais.

Malgré d’innombrables paniers de rangement dont la fonction est clairement indiquée sur chacun d’entre eux au moyen de belles étiquettes: «À corriger», «À remettre», «À classer», «À terminer»...

Le vendredi, tout finit toujours par se ramasser dans les deux mêmes paniers. À travers un plat de collation vide, un marqueur fluo sec tout effiloché et un gant «magique» troué qui n’appartient à personne.

Cette année, ce sera différent!

La promesse de toutes les promesses

Cette introspection automnale annuelle ne peut pas se terminer autrement que par l’engagement officiel de tous les enseignants de la planète: corriger au fur et à mesure.

Exit les piles de corrections que je tasse et déplace en souhaitant qu’elles brûlent. Qu’elles se décomposent. Mieux, se fassent manger par le chien.

Ce même chien qui mange les devoirs, des fois.

Satané chien!

Impression de l’entendre japper. Il a flairé une pile de corrections qui traîne, c’est clair!

Début octobre... Ma promesse de rester zen s’effrite déjà...