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Les foubracs du tabac

Les foubracs du tabac
Photo fotolia

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La station de radio où je travaille a l’habitude des controverses. Mais cette semaine, nous avons reçu une contravention qui n’avait rien à voir avec de quelconques écarts de langage ou d’opinion.

C’est un inspecteur du tabac qui s’est pointé à l’improviste. Oui, ça existe pour vrai. Après s’être présenté et avoir demandé à parler à une personne en autorité, il a foncé dans les corridors, tel Elliot Ness à la poursuite d’Al Capone.

Tout fier de lui, il a dénoncé le fait que nous n’avions pas d’affiche «Interdit de fumer». Nous voilà bien pris. Môzusse de radio-poubelle, toujours là pour défier les autorités. C’est bien fait pour nous.

Ah, j’oubliais. Est-ce que je vous ai mentionné que la station de radio où je travaille se trouve au troisième étage d’un édifice de bureaux? Qui a des affi­ches «Interdit de fumer» au rez-de-chaussée?

L’inspecteur a été gentil. Il ne nous a pas donné une deuxième contravention pour avoir omis de poser des affiches à l’extérieur pour s’assurer du respect de la zone de neuf mètres sans fumer. Sur un troisième étage sans portes et sans patio, où les fenêtres ne s’ouvrent pas... Si seulement c’était une blague.

En cette période d’austérité (c’est ce qu’on en dit), on trouve encore le moyen de payer pas moins de 26 inspecteurs du tabac qui sillonnent la province. Ils sont tellement débordés de travail qu’ils trouvent le moyen d’arpenter les étages des buildings. Les King Kong de la tabatière.

Ces mêmes inspecteurs étaient fiers de refiler 681 $ d’amende au Festival Rythmes du Monde cet été pour avoir laissé quatre malotrus fumer sur des terrasses VIP pendant les festivités. Alors que la loi a été récemment modifiée, il n’y a pas eu de contacts, pas d’avertissements, rien. C’est qu’ils ne niaisent pas avec le puck, les Don Quichotte de la vapoteuse!

TROP, C’EST TROP?

Je suis pour les lois antitabac. Je n’ai moi-même jamais fumé et je me réjouis de pouvoir aller voir des shows et manger au restaurant sans revenir avec les vêtements qui empestent la boucane. Mais est-ce qu’on exagère pas un tout petit peu?

Quelques inspecteurs pour s’assurer qu’on puisse entrer dans un hôpital sans traverser un écran de fumée, je veux bien. Le reste, je me dis qu’on peut s’organiser entre nous. Non?

C’est un peu comme les inspecteurs de l’Office de la langue française. Oui, ça aussi, ça existe pour vrai. On me raconte des histoires mi-ridicules mi-horribles où ils demandent de changer des boutons “Start” sur des micro-ondes de cafétéria et les mots “On-Off” sur des interrupteurs. Sérieux.

PERDRE LE NORD

Pendant ce temps, nos vieux mangent des toasts précuites et sont lavés une fois par semaine s’ils sont chanceux. On coupe dans des programmes pour les démunis, dans notre système de santé et en éducation. Avons-nous perdu le sens des priorités?

Consolons-nous. Dans un monde où le gouvernement assèche des canaux vitaux de nos sociétés, on peut dormir tranquille. On saura au moins qu’on veille sur les vapoteurs de bureaux et sur les pitons de lumière en anglais...

 

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