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27 % des diplômés universitaires sont analphabètes fonctionnels

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Le chiffre fait sourciller. Parmi les Québécois de 16 à 65 ans qui détiennent un diplôme universitaire, 27 % ont des difficultés en lecture et peuvent même être considérés comme analphabètes fonctionnels.

Cette statistique peut s’expliquer par le fait qu’il est possible de «désapprendre» à bien lire au fil des ans, si on ne pratique pas régulièrement, explique Paul Bélanger, professeur à l’UQAM et ex-président du Conseil international de l’éducation aux adultes.

«On parle de gens qui sont allés à l’école, parfois assez longtemps, mais qui ont perdu de leurs compétences parce qu’ils n’ont pas pratiqué. La lecture, c’est un peu comme l’espagnol. Si tu suis un cours, mais que tu ne pratiques pas pendant des années, tu ne te rappelleras plus grand-chose.»

On ne parle pas ici de perdre complètement sa capacité à lire, mais plutôt d’être un moins bon lecteur qu’avant, d’avoir plus de difficulté à comprendre des textes complexes ou plus longs. C’est ce qui peut arriver à des gens qui ne lisent pas dans le cadre de leur travail ou dans la vie quotidienne, même s’ils ont un diplôme.

C’est ce qui expliquerait en partie pourquoi le Québec compte une proportion étonnante d’analphabètes fonctionnels même dans les rangs de ses diplômés universitaires. Pensez à un ingénieur qui travaille avec des chiffres à longueur de journée ou à un informaticien qui utilise principalement l’anglais au bureau, par exemple.

Ceux qui ont le plus de difficultés en lecture sont les adultes de plus de 45 ans, selon les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec. Il faut aussi mentionner que les immigrants ou ceux qui ont obtenu leur diplôme à l’étranger se classent aussi dans cette catégorie.

Des textes accessibles

Il est donc primordial de continuer à lire tout au long de sa vie pour ne pas perdre ses compétences en lecture, souligne M. Bélanger. Et pour encourager les gens à le faire, il faut d’abord que les communications qui les entourent – provenant du gouvernement, du milieu du travail, de l’école, etc. – soient accessibles, pour ne pas décourager les gens qui auraient des difficultés en lecture, dit-il.

«C’est terriblement important, lance M. Bélanger. On individualise trop le problème de la littératie. C’est aussi un problème de communication publique, dans la société. Plus on va rendre les communications accessibles, plus on va inciter les gens à pratiquer et meilleurs ils vont être. On n’est pas obligé d’utiliser des mots de cinq syllabes, surtout si on veut se faire comprendre.»

Analphabètes fonctionnels malgré un diplôme

Diplômés de niveau secondaire : 63 % sont considérés analphabètes fonctionnels*
Diplômés de niveau collégial : 40 % sont considérés analphabètes fonctionnels
Diplômés de niveau universitaire : 27 % sont considérés analphabètes fonctionnels

*Les analphabètes fonctionnels sont capables de lire, mais ils ont de la difficulté à comprendre toutes les informations tirées de textes plus complexes. Ils peuvent lire un article de journal décrivant un fait divers ou un match de hockey, mais ils auront du mal à comprendre toutes les nuances d’un éditorial ou d’une chronique d’opinion, par exemple.

Source : Rapport québécois du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (OCDE), Institut de la statistique du Québec. Ces chiffres concernent les Québécois âgés de 16 à 65 ans.