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Québec «obligé» de payer inutilement pour les 150 000 boîtes courriel

Le ministre Barrette juge que la décision de payer les 150 000 boîtes courriel était inévitable.

Le ministre Gaétan Barrette a d’abord jugé l’article de notre Bureau d’enquête non fondé, avant d’admettre que des boîtes courriel ont bien été achetées inutilement.
Photo Agence QMI, Simon Clark Le ministre Gaétan Barrette a d’abord jugé l’article de notre Bureau d’enquête non fondé, avant d’admettre que des boîtes courriel ont bien été achetées inutilement.

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Le réseau de la Santé n’a pas d’autre choix que de continuer à payer 150 000 boîtes courriel avec Microsoft alors qu’il n’en a pas besoin, selon le ministre Gaétan Barrette.

Mercredi matin, notre Bureau d’enquête a révélé que le réseau de la Santé a signé un contrat de trois ans et 72 M$ pour les produits Microsoft, dont près de 15 M$ pour le support et la mise à niveau de logiciel pour 150 000 boîtes courriel Outlook. Le problème, c’est que le réseau n’utilise pas ses boîtes courriel, car il a aussi payé 20 M$ à IBM pour 150 000 boîtes courriel.

En matinée, M. Barrette s’est montré sceptique en lançant qu’un tel gaspillage était «fondé sur absolument rien».

«Je vous invite, quand vous écrivez des choses dans les journaux, à les “substantier”», a-t-il lancé en mêlée de presse, visant l’auteur de ces lignes.

Le ministre évalue qu’il était impossible d’exclure Outlook de l’entente «tout inclus» avec Microsoft qui comprend une foule de produits. Pour M. Barrette, il n’y a donc pas de coûts additionnels.

Pas idéal, mais inévitable

Notre Bureau d’enquête s’est entretenu avec le ministre en fin d’après-midi. Le gouvernement ne nie pas payer pour Outlook inutilement, mais c’est inévitable, selon le ministre.

Il admet que la situation n’est pas idéale, mais nécessaire dans le contexte actuel.

Les décisions passées, qui ne relèvent pas de M. Barrette, forcent tout de même Québec à continuer de payer 150 000 licences avec Microsoft et avec IBM.

«Tout a été fait dans les règles de l’art dans le contexte actuel qui est celui de se moderniser sur le plan informatique, sauf que les circonstances nous obligent à prendre des décisions circonstanciellement ponctuelles», nous a-t-il lancé, ajoutant être d’avis qu’il faut aller vers les technologies moins coûteuses, comme l’infonuagique.

Il faut rappeler que cette négociation avec Microsoft a été réalisée sans concurrence. Québec aurait pu obtenir une entente à la pièce pour exclure le support et la mise à niveau des licences Outlook, mais le prix proposé par la seule autre entreprise à négocier, Microsoft, était supérieur à l’entente tout incluse.

De plus, la nouvelle entente coûte 105 %, soit 37 M$, plus cher que la dernière avec Microsoft, pour les mêmes besoins et la même durée.

Pas vrai, dit la CAQ

Le député de la CAQ, Éric Caire, a qualifié de «surréalistes» les réponses du ministre et juge qu’il s’agit d’un gaspillage.

«Quand Microsoft te fait un prix pour une suite de logiciels, tu paies pour la suite de logiciels. Il n’y a rien de gratuit», explique-t-il, ajoutant qu’il jugeait possible de payer uniquement pour les produits dont le gouvernement a besoin.