/investigations/techno
Navigation

Québec pouvait éviter de payer 150 000 boîtes courriel inutilement

Le gouvernement a tenté à trois reprises de sortir du cul-de-sac, mais en vain

Gaétan Barrette juge que le réseau de la santé doit aller vers l’infonuagique, mais le contexte et les contrats en cours le forcent à attendre.
Photo Agence QMI, Simon Clark Gaétan Barrette juge que le réseau de la santé doit aller vers l’infonuagique, mais le contexte et les contrats en cours le forcent à attendre.

Coup d'oeil sur cet article

Québec aurait pu éviter de payer inutilement les frais de 150 000 boîtes courriel s’il n’avait pas cafouillé dans trois dossiers, en quatre ans, qui visaient notamment à éviter ce cul-de-sac, a découvert notre Bureau d’enquête.

Mercredi, nous révélions que le réseau de la santé était propriétaire de 150 000 boîtes courriel, et en payait l’entretien, avec IBM mais aussi avec Microsoft, et que celles-ci ne sont pas utilisées.

Nos sources impliquées dans le dossier jugent que le Québec aurait pu mieux négocier avec Microsoft, qui a doublé son prix (72 M$) par rapport au contrat similaire précédent. Dans cette négociation sans concurrence, Québec n’a pas pu non plus marchander un accord moins onéreux qui aurait évité de continuer à payer l’entretien des licences courriel inutiles.

Mais pour le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, cette situation était inévitable dans le contexte actuel.

Toutefois, ce contexte inévitable, aujourd’hui, qui ne relève pas du ministre, découle tout de même d’une série de cafouillages dont le gouvernement est l’unique responsable depuis 2012.

Trois essais manqués

À trois reprises, depuis quatre ans, Québec avait planifié de faire le ménage dans ses systèmes de courriel:

  • En 2012, le gouvernement a lancé sa Stratégie de transformation et d’optimisation des ressources informationnelles (STORI). Ce plan promettait, pour 2014, des économies de 200 M$, notamment en créant un service de boîte courriel unique dans l’appareil gouvernemental. Mais ce plan a été abandonné.
  • En 2012, le ministère de la Santé a lancé un appel d’offres pour s’acheter une «solution nationale de courrier électronique» afin de remplacer les 150 000 boîtes de courriel d’IBM. Mais Québec s’est embrouillé dans l’appel d’offres et a été incapable d’attirer une seule entreprise conforme. Tout a été annulé et le ministère de la Santé a renouvelé son contrat avec IBM pour 13 M$ jusqu’en 2017, avec option de 20 M$ jusqu’en 2019.
  • En décembre 2015, le gouvernement a lancé un autre appel d’offres pour solliciter des firmes informatiques afin de remplacer ses boîtes courriel par une technologie moins coûteuse, soit l’infonuagique. Le processus devait se terminer en février et un document interne obtenu par notre Bureau d’enquête expose que le ministère de la Santé avait même planifié de commencer à implanter ces boîtes courriel dès juin dernier. Ça n’a pas été le cas. Québec avait encore peiné à attirer suffisamment de concurrence, a-t-on appris. Tout a été annulé et relancé cet été. «Les travaux d’analyse des propositions reçues se poursuivent», réplique le gouvernement. Le dossier devrait finalement aboutir cet automne.

Ainsi, si Québec n’avait pas, à trois reprises, raté l’occasion de livrer son engagement dans les délais, le contexte actuel aurait été bien différemment et aurait pu éviter de payer inévitablement 150 000 boîtes qui ne sont pas utilisées.

Infonuagique

  • La technologie moins coûteuse dans laquelle Québec veut, mais tarde à se lancer depuis 2011 est l’infonuagique. La plupart des grandes organisations, publiques et privées, y plongent depuis au moins cinq ans, notamment pour leurs boîtes courriel. Les économies s’expliquent parce que cette technologie permet de nous débarrasser d’une partie des coûteux entrepôts de serveurs qui emmagasinent les données. Québec a plus de 400 de ces entrepôts qui coûtent 200 M$ à maintenir chaque année. Avec l’infonuagique, tout est plutôt envoyé dans un «nuage».
  • Une boîte courriel en infonuagique coûterait environ, à terme et après des investissements de transition, 60 $ par année. C’est au moins deux fois moins cher que ce que le gouvernement paie présentement pour ces 250 000 boîtes courriel (ministères, organismes, réseau de la Santé). Même le gouvernement parle d’économies allant jusqu’à 50 % avec l’infonuagique. Juste pour les courriels, par année, ces économies dépassent 10 M$.