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La chute d’Alexandre le Grand

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Est-ce que le discours de Jean-François Lisée est finalement terminé? J’ai pas toffé. S’il avait pu, je pense qu’Alexandre aussi aurait quitté. Son visage figé en disait long. Celui qui avait été désigné comme le prochain chef du PQ a perdu son assurance, son avance, sa campagne. Il a raté son rendez-vous, et de beaucoup . L’humiliation est totale.

Considéré comme une farce lorsqu’il s’est lancé dans la course à la chefferie, Jean-François Lisée est maintenant le boss. Il a été de toutes les tribunes, a lancé tout plein d’idées, de déclarations-chocs. Des bonnes et des mauvaises. Mais il était toujours là, présent, incontournable. Au fond, il a fait à Alexandre Cloutier ce qu’Alexandre avait fait lui-même à Pierre-Karl Péladeau, il n’y a pas si longtemps. Par contre, dans les deux cas, Alexandre aura manqué de gaz.

LE GOÛT DE L’EAU

Cette fois, Alexandre a fait une campagne d’eau. Sans couleur, sans saveur et sans odeur. L’impression que ça donne à un observateur de l’extérieur du PQ? Que les apparatchiks de la machine ont dit à Cloutier qu’il était leur choix. Qu’il allait gagner. Mais qu’il ne devait pas faire de vagues. Et soulever le moins de controverses possible, au nom de l’unité du parti. Il n’est pas le premier à passer par là. Et ce n’est pas la première fois que la machine se goure.

Ou c’est bien plus simple? La fatigue, le stress? Ou peut-être qu’à force de monter trop vite les échelons, Alexandre a atteint son plafond? Lui seul connaît les vraies raisons de sa débandade.

Pour ce qui est des conséquences, la région perd évidemment au change: le départ de Stéphane Bédard, le passage plus qu’oubliable de Sylvain Gaudreault comme chef intérimaire et la chute d’Alexandre le Grand ramènent le Saguenay-Lac-Saint-Jean sur le plancher des vaches. Fini la belle époque du terreau fertile, du deuxième quartier général du parti. Déjà considérée comme une terre acquise, elle sera désormais négligée. Avec Lisée, le PQ va poursuivre sa montréalisation au niveau des enjeux et de sa mentalité.

ET PUIS APRÈS ?

Pour être franc, je me fous un peu de l’avenir du PQ. Je m’intéresse davantage à l’avenir d’Alexandre. Il reste un jeune homme brillant, talentueux. Il peut rendre de fiers services à la politique. Il serait dommage de le voir emprunter les sentiers de Bernard Drainville, Mario Dumont, Joseph Facal et de tous ces autres qui ont quitté la patinoire pour regarder la joute de l’Assemblée nationale dans les estrades.

Pas certain non plus qu’il ait le goût de jouer les seconds violons derrière Lisée. Après deux défaites dans deux courses consécutives, je pourrais comprendre qu’il invoque lui aussi des raisons familiales pour quitter le navire péquiste.

Il serait facile de paraphraser le lièvre et la tortue pour conclure ce texte avec une jolie morale. Mais la réalité est un peu plus complexe. À l’agonie, le PQ a choisi d’opter pour le «beau risque» de Lisée. S’il est aussi brillant qu’il semble le croire, il réussira à garder Alexandre comme lieutenant.

Probablement que le téléphone des Cloutier sonne déjà pas mal au lac Saint-Jean...

 

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