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L’échec de la répression

La prohibition du cannabis ne fonctionne pas, plaide l’ex-présidente de la Suisse

En faveur d’une dépénalisation et d’un contrôle des stupéfiants, Jean-Félix Savary, secrétaire général au Groupement romand d’études des addictions (GREA), estime que la  société subit actuellement les contrecoups de la criminalisation des drogues. Dans ses mains, un fascicule visant à expliquer les bienfaits de la réduction des risques liés à la prise de drogues.
photo Kathryne Lamontagne En faveur d’une dépénalisation et d’un contrôle des stupéfiants, Jean-Félix Savary, secrétaire général au Groupement romand d’études des addictions (GREA), estime que la  société subit actuellement les contrecoups de la criminalisation des drogues. Dans ses mains, un fascicule visant à expliquer les bienfaits de la réduction des risques liés à la prise de drogues.

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GENÈVE | L’ex-présidente de la Suisse Ruth Dreifuss ne mâche pas ses mots lorsque vient le temps de donner son avis sur la répression actuelle en matière de stupéfiants, une mesure qu’elle qualifie de «stupide, contre-productive et contraire aux droits de l’homme».

La prohibition du cannabis ne fonctionne pas, plaide l’ancienne ministre fédérale qui a permis le déploiement de la plupart des politiques avant-gardistes en matière de drogue en Suisse, dont les sites d’injection supervisés créés il y a 30 ans là-bas.

L’ex-présidente de la Suisse Ruth Dreifuss
Photo d'archives AFP
L’ex-présidente de la Suisse Ruth Dreifuss

Celle qui est aujourd’hui à la tête de la Commission consultative en matière d’addictions, à Genève, est responsable de préparer un projet de distribution ou de vente de cannabis. Son groupe travaille en étroite collaboration avec les villes de Berne, Bâle et Zurich intéressées par l’évolution du débat public en la matière.

«La réponse répressive est inadéquate. Elle est inefficace si l’on considère le nombre de consommateurs, elle aboutit à renforcer les organisations criminelles et à rendre les consommateurs dépendants de celles-ci», déplore celle qui siège aussi à la Commission globale sur les politiques en matière de drogue.

Échec

Ce discours trouve écho chez Jean-Félix Savary, secrétaire général au Groupement romand d’études des addictions (GREA). Selon lui, la société subit actuellement les problèmes qui découlent de la criminalisation des drogues.

«Ça ne fonctionne pas. La surpopulation carcérale est énorme, il y a des gangs partout, des homicides à cause de ces gangs, il y a un immense marché illégal qui est là. Les coûts de cette prohibition deviennent tellement importants qu’on est en train de revenir en arrière», dit-il.

«Évidemment, les études montrent que les drogues sont dangereuses, mais ça renforce notre position: il faut les contrôler», poursuit-il.

Légaliser

À ses yeux, nul doute que la réglementation non seulement du cannabis, mais de toutes les drogues se fera un jour. «J’en suis certain. Ça peut prendre 5, 50, 200 ans. Aujourd’hui, cette position, on est nombreux à la partager dans le monde – peut-être qu’on est tous des débiles –, mais on est tous persuadés de ça», statue-t-il.

Autant Mme Dreifuss que M. Savary portent d’ailleurs un œil attentif au Canada, qui promet une dépénalisation pour 2017. «Il y a plein de petites choses qui se passent dans le monde. On a un petit momentum. Les esprits changent», se réjouit le chercheur.

La Suisse propose de réglementer afin de mieux sensibiliser

GENÈVE | Réglementer le cannabis permettrait de mieux sensibiliser les consommateurs – et surtout les jeunes – face aux drogues, un peu à l’instar de l’alcool ou du tabac, plaident les observateurs suisses.

«Si on pouvait décider drogue ou pas, je suis d’accord que ce serait pas de drogue. Mais la réalité, c’est qu’elle est là, elle est merdique, elle est de mauvaise qualité, elle échappe aux taxes, ça crée du marché noir, de l’insécurité et les gens qui consomment trop, on ne les voit pas. C’est zéro», déplore Rolin Wavre, membre des Comités directeurs du Parti libéral-radical suisse et genevois, sur la réglementation du cannabis.

Financer la prévention

Même son de cloche du côté de Mauro Poggia, conseiller d’État chargé des affaires sociales et de la santé au canton de Genève. «Il y a un problème au niveau prévention, on n’arrive pas à avoir le contact avec le consommateur pour le sensibiliser et lui faire changer ses habitudes», plaide-t-il.

Face à la situation, les militants en faveur de la dépénalisation du cannabis s’entendent: les sommes éventuellement recueillies par l’État sur la vente de la marijuana devraient financer la prévention.

«L’opinion publique n’est pas prête à entendre que les drogues ne sont pas que mauvaises. C’est des choses qu’on doit dire. Mais quand on dit qu’il ne faut pas pénaliser les usagers de drogues, que les taxes payeurs doivent investir pour aider ces gens-là, on n’est pas populaire», déplore Jean-Félix Savary, secrétaire général au Groupement romand d’études des addictions (GREA).

Réglementer les substances

Pour Ruth Dreifuss, présidente de la Commission consultative en matière d’addictions, à Genève, les risques liés à la consommation de cannabis sont de même nature que ceux liés à la consommation de l’alcool, du tabac et des médicaments. «Pourquoi ne pas réglementer toutes les substances selon les mêmes principes?», questionne-t-elle, ajoutant qu’il s’agirait de trouver un «modèle de régulation inspiré par la régulation du tabac,» vraisemblablement sans publicité.