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STM : corrigeons le tir

STM : corrigeons le tir
Photo Agence QMI

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Aujourd’hui, je publiais une note économique avec l’Institut économique de Montréal afin de souligner les problèmes de performance à la Société de transport de Montréal (STM) et comment résoudre ces derniers. Dans la note, co-signée avec mon vieil ami Germain Belzile, je souligne que les coûts ont augmenté de 163% (ajusté pour l’inflation et par kilomètre parcouru) depuis l’arrivée du métro alors que le nombre de délais majeur par kilomètre parcouru augmente rapidement. Je soulignais aussi que des initatives de coopération avec le privé, de gestion déléguée ou de privatisation devraient être considérées comme c'est le cas en Grande-Bretagne, États-Unis, Suède, Danemark et Nouvelle-Zélande. 

La STM a répondu en citant une étude qu’elle clame être du Imperial College London (ICL). En citant cette étude, la STM confirme sa « phénominable » (mon néologisme favori) performance.

Premièrement, l’étude n’est pas vraiment du ICL. Elle provient d’un centre d’étude sur les transports qui est associé à cette université. En soit, ce n’est pas un problème. Ce centre a un réseau de « benchmarking » nommé Nova qui compare la performance des différentes sociétés publiques. Cependant, les compagnies qui sont évaluées participent au processus d’évaluation en déterminant ce qu’il faut évaluer et comment l’évaluer. C’est un peu comme si je décidais les questions de l’examen que j’allais prendre moi-même. Laisseriez-vous un étudiant établir les questions qu’il va se faire poser.

Deuxièmement, après avoir cherché environ une heure et demie pour l’étude (voir ici et ici) , j’ai découvert qu’elle n’était pas accessible au public. Il faut donc se résoudre à utiliser les mentions que la STM fait dans ses rapports annuels (ici) ou dans des commentaires aux médias (ici). De ces informations partielles et incomplètes, deux sont fréquemment répétées par la STM basée sur cette étude inaccessible datant de 2009 : les prix sont bas et les coûts sont bas relativement aux autres villes.

L’étude affirme que les Montréalais, lorsqu’ils achètent leurs billets ou passes mensuelles, consacrent 3.3% de leurs revenus pour se déplacer en autobus et 5.5% pour utiliser le réseau de métro. Il s’agit d’une mesure qui clairement avantage artificiellement la STM puisqu’elle obtient plus de la moitié de son financement par le biais des subventions. Lorsqu’on corrige pour le coût indirect des subventions – payé par les impôts et taxes – on parle plutôt de 5.1% à 8.5%. Et il s’agit là d’une proportion relative au revenu des Montréalais (qui ont un revenu très élevé relativement au reste de la province) alors que les subventions qu’obtient la STM provient largement du gouvernement provincial ce sont donc les Saguenéens et les Gaspésiens (plus pauvres que les Montréalais) qui assument les inefficacités de la société d’État.

Ensuite, l’étude affirme que les coûts par kilomètre parcouru sont relativement bas – en dollars américains. C’est une correction qui ne tient pas compte des différences du coût de la vie (la parité des pouvoirs d’achat) et qui rend la comparaison plutôt invalide. Il faut ensuite souligner que la STM se compare pour le métro avec d’autres sociétés d’État – donc avec des firmes identiques (et non pas des comparatifs privés). Ensuite, il faut souligner que le coût de la vie est plus bas à Montréal qu’à Londres ou New York, il est donc normal que le coût par kilomètre soit naturellement plus bas. Cependant, la tendance est différente du niveau. À Londres, le coût par kilomètre parcouru est plus bas aujourd’hui qu’en 1985 (par environ 20%) alors qu’à Montréal, il a augmenté de 64%. Cela veut dire que si Montréal avait suivi la même tendance que Londres, les coûts seraient encore plus bas et Montréal serait incontestablement la première de classe.

Quand on regarde l’arrivée du métro à Montréal, il faut célébrer – il s’agit d’un développement qui a placé la métropole dans un club très sélect de villes à l’international. Cependant, il faut aussi dresser un bilan afin que l’avenir soit plus glorieux. L’étude que la STM cite n’améliore pas le bilan. Cependant, je serai très heureux de corriger mes propos si ils pouvaient m’envoyer l’étude qu’ils citent abondamment sans jamais fournir la référence exacte (ou un lien pour la consulter).